Économie circulaire et Zéro déchet

Au Danemark, un supermarché de produits périmés contre le gaspillage

Wefood : un supermarché danois qui vend des produits périmés pour lutter contre le gaspillage alimentaire / ©Pascale Sury

En février 2016, les Danois ont vu s’ouvrir à Copenhague le tout premier magasin de produits périmés du pays. Unique en son genre, Wefood fait la chasse au gaspillage et le plein de clients soucieux de dépenser moins et de protéger la planète.

Sur l’île d’Amager, à Copenhague, les bénévoles de Wefood s’affairent dans le magasin avant l’ouverture prévue à 15 heures. Fruits, légumes, produits surgelés, boissons et aliments secs : il leur reste quelques minutes pour tout mettre en rayons. Dans ce supermarché pas comme les autres, seuls des produits périmés, qui étaient destinés à la poubelle sont proposés à la vente. Il s’agit de produits dont la date de durabilité minimale (DDM) est dépassée, l’emballage endommagé… Encore tout à fait consommables, ils sont récupérés gratuitement auprès d’enseignes classiques et revendus entre 30 et 50 % moins cher. À l’exception de fruits et de légumes, Wefood vend essentiellement des denrées sèches. Certains aliments, comme le pain, sont même donnés aux clients.

Après son lancement en février 2016, le concept n’a pas mis longtemps à séduire : « Beaucoup de gens sont intéressés par ce genre d’initiative : les retraités, les étudiants, les personnes les plus démunies, mais aussi les plus aisées ! », explique René Olsen, cuisinier de profession. À côté de son travail, il prend le temps de venir aider ici bénévolement cinq heures par semaine. « Il y a une ambiance agréable entre les bénévoles et j’aime l’idée de participer à une bonne cause. Cela me détend et me permet de rencontrer du monde », confie-t-il. Au total, ce sont quatre-vingts bénévoles qui font tourner le magasin d’Amager. « Wefood est unique, car il ne s’adresse pas seulement aux faibles revenus et aux sans-abri, mais à tous les consommateurs préoccupés par la quantité de déchets alimentaires produits par ce pays », assure Sofie Møller Wulff, chargée de communication pour l’organisation non gouvernementale DanChurchAid, à l’origine du projet.

Moins 25 % de déchets alimentaires !

Au Danemark, comme en France d’ailleurs, vendre des produits périmés est légal si l’étiquette indique clairement la date de durabilité minimale – qui assure la qualité gustative et nutritionnelle du produit. En revanche, il est interdit de commercialiser des aliments ayant une date limite de consommation (DLC) dépassée, car ils présentent des risques sanitaires. Mais, en général, les supermarchés de la ville préfèrent ne pas proposer de produits dont la DDM est dépassée, même de quelques jours. « Nous collaborons avec des enseignes qui ne veulent plus vendre ces produits. C’est une question d’image. Elles ne souhaitent pas prendre le risque de “dégoûter” les consommateurs », explique Sofie.

Pourtant, au Danemark, le gaspillage est devenu un sujet de réflexion majeur1 et les initiatives de réduction des déchets fleurissent : sensibilisation dans les écoles, développement d’une application mobile (To Good To Go) qui met en relation restaurateurs et consommateurs pour que ces derniers puissent récupérer des plats prêts à partir à la poubelle, mise en place de stratégies de réduction des déchets dans les restaurants et les hôpitaux… En réduisant de 25 % ses déchets alimentaires entre 2010 et 2015, le pays est devenu un modèle en la matière !

Un magasin pour dépenser moins et protéger la planète

Au-delà des économies qu’ils réalisent, les clients viennent ici pour lutter contre le gaspillage alimentaire : « Il est totalement aberrant de jeter de la nourriture. Il faut agir ! », confie Sara, une habituée des lieux. « Je viens très régulièrement. Si je devais résumer l’esprit du supermarché en un mot, ce serait “social” ou “communauté”. Tout le monde est le bienvenu ! Si je préfère acheter mes aliments ici plutôt qu’ailleurs, c’est à la fois pour soutenir une bonne cause, payer moins cher et parce que je me soucie de l’environnement et de mon empreinte carbone », ajoute-t-elle.

Wefood, c’est aussi une initiative citoyenne : le supermarché a en effet vu le jour suite à une campagne de financement participatif. « Nous avons récolté un million de couronnes danoises [environ 135 000 euros] grâce au crowdfunding et 500 000 de la part de la Roskilde Foundation. Nous ne nous attendions pas à un tel engouement ! », se rappelle Sofie, le sourire aux lèvres.

Initialement prévu à Nørrebro, quartier étudiant branché de Copenhague, Wefood s’est finalement installé sur l’île d’Amager, hors du centre-ville, en raison des loyers plus abordables. Après un an d’existence, ce supermarché social est déjà une véritable petite entreprise solide qui ne connaît pas de problèmes financiers. En moins d’un an, Wefood a dégagé un bénéfice de plus de 880 000 couronnes danoises (environ 118 000 euros). On peut même parler de succès : « Nous travaillons avec des bénévoles plus qu’enthousiastes, les gens se déplacent en nombre pour acheter chez nous et nous avons énormément de fans sur Facebook, près de 50 000 », explique Sofie. « Durant les deux premiers mois d’ouverture, nous avons servi plus de 10 000 clients et réalisé un chiffre d’affaires de 250 000 couronnes danoises [plus de 33 000 euros]. »

Pour aller récupérer des petites quantités d’aliments, les bénévoles utilisent le vélo Wefood à la place du camion. Il est équipé d’un mini-frigo pour le transport des surgelés. / ©Pascale Sury
Pour aller récupérer des petites quantités d’aliments, les bénévoles utilisent le vélo Wefood à la place du camion. Il est équipé
d’un mini-frigo pour le transport des surgelés.
/ ©Pascale Sury

Une démarche globale de développement durable

Si l’association luthérienne DanChurchAid a créé Wefood, c’est à la fois pour combattre le gaspillage alimentaire au Danemark, mais également pour lutter contre la faim dans le monde. En achetant ces produits périmés chez Wefood, le consommateur fait à la fois une action écologique et humanitaire. Selon le rapport 2015 de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 795 millions de personnes souffrent de sous-alimentation dans le monde alors que, chaque année, 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont gaspillées, soit un tiers de la production alimentaire destinée à la consommation humaine. DanChurchAid entend agir en consacrant les bénéfices de Wefood à des pays en voie de développement comme l’Éthiopie, le Soudan du Sud et le Bangladesh, notamment en leur apportant de l’aide d’urgence et en soutenant des projets agro-écologiques.

Preuve de l’engouement que génère Wefood, une nouvelle enseigne a ouvert ses portes en novembre 2016 à Copenhague et un troisième magasin est annoncé à Aarhus, la deuxième ville du pays, au printemps 2017. Sofie est confiante : « Nous sommes certains de récolter assez de fonds pour continuer notre projet. Nous n’avons que des échos positifs et le futur ne peut se construire qu’en réduisant jour après jour le gaspillage alimentaire et notre impact écologique. »

Par Pascale Sury


1 Selon le Conseil danois de l’agriculture et de l’alimentation (Danish Agriculture & Food Council), le pays jette 700 000 tonnes de nourriture chaque année pour une population de moins de 6 millions d’habitants.


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