Zéro déchet

À Roubaix, le zéro déchet pour lutter contre la "fin du monde et la fin du mois"

Andrée et Guy posent fièrement devant leurs produits ménagers 100 % DIY / ©Cypriane El-Chami

Vendredi 28 juin s’est tenue la 3e édition du festival Roubaix zéro déchet. L’occasion pour la ville d’afficher son engagement pour une économie circulaire locale. En effet, depuis 2015, la mairie roubaisienne a fait du zéro déchet son fer de lance et compte bien montrer l’exemple.

Elle est un peu la fée du zéro déchet à Roubaix. Pour parler DIY, achat en vrac ou compost, la porte d’Andrée Nieuwjaer est toujours grande ouverte. « Vous allez voir, on a tout changé dans la maison ! », annonce-t-elle. En 2015, cette retraitée de 62 ans a entraîné son mari Guy et ses quatre enfants dans le « Défi familles » organisé par la mairie de Roubaix. Un défi qui a drastiquement changé leur vie… et le poids de leurs poubelles.

« À cette époque, c’était la galère », se souvient cette ancienne ouvrière du tissu. Andrée et Guy, tous deux au chômage, peinaient à joindre les deux bouts. Un jour, ils reçoivent un prospectus de la mairie, recherchant des familles pour participer à un défi zéro déchet. Alors, pour sortir de son quotidien difficile le temps d’un instant, Andrée se rend à la réunion d’information. « On dit toujours qu’il faut respecter la planète, qu’il ne faut pas jeter, gaspiller…  Mais moi, je voulais m’en sortir à la fin du mois, explique Andrée. Je me suis dit : si je peux m’en sortir par ce biais-là, j’aurai gagné ». 

Zéro déchet, 3 000 € d’économies

« Fin du monde et fin du mois, même combat » : c’était déjà la réalité d’Andrée. Alors, aux côtés de 99 autres familles, les Nieuwjaer ont décidé de jouer le jeu. « La première année, c’est dur, se souvient Andrée. Au début, on se trompe parfois, on continue de faire certains achats inutiles. Mais ce n’est pas grave, ça va mieux avec le temps ! » 

C’est le sourire jusqu’aux oreilles qu’elle présente ses produits de nettoyage fabriqués par ses soins, recettes manuscrites posées sur la table. Elle n’en achète plus en grande surface… c’est bon pour la planète, et pour le porte-monnaie ! « En moyenne, passer au zéro déchet permet de faire 1 000 € d’économies par an. Certaines familles peuvent même économiser jusqu’à 3 000 € chaque année, selon Alexandre Garcin, adjoint au maire en charge du programme zéro déchet. Cela représente entre 25 et 50 % de gain de pouvoir d’achat ! »

Andrée et Guy posent fièrement devant leurs produits ménagers 100 % DIY / ©Cypriane El-Chami
Andrée et Guy posent fièrement devant leurs produits ménagers 100 % DIY / ©Cypriane El-Chami

500 familles zéro déchet à Roubaix

L’objectif donné aux familles est de réduire leurs déchets de 50 % en un an. Depuis son lancement en 2015, le « Défi familles » a séduit 500 ménages. La mairie estime même que près de 2 500 foyers pourraient avoir été impactés par cette dynamique positive, soit 10 % de la population roubaisienne. Un franc succès citoyen : les familles qui ont participé au défi ont réduit de 47 % le volume de déchets, en moyenne.

Achat en vrac, plats préparés soi-même... Le zéro déchet a métamorphosé la cuisine d'Andrée / ©Cypriane El-Chami
Achat en vrac, plats préparés soi-même… Le zéro déchet a métamorphosé la cuisine d’Andrée / ©Cypriane El-Chami

Pour accompagner cette transition, des ateliers sont mis à disposition des familles roubaisiennes, avec une quarantaine de thématiques abordées : compostage, élevage de poules, conservation des aliments, fabrication de conserves, utilisation de couches lavables… 

Des conseils qui ont été bien utiles à Andrée. Désormais ambassadrice du zéro déchet pour la ville, elle a adopté toutes les bonnes pratiques dans son quotidien. Elle achète en vrac, cuisine davantage, cultive ses propres fruits et légumes sur une parcelle de jardin louée à la ville… 

Mais ce dont Alexandre Garcin est le plus fier, c’est le composteur vertical qui trône sur le balcon des Nieuwjaer. La « tour potagère » est un prototype inventé par la mairie de Roubaix en coopération avec un designer et testé par une poignée de familles, dont celle d’Andrée, en 2015. Aujourd’hui, la ville compte 12 sites publics collectifs et 4 sites privés de compostage. 

La tour potagère d'Andrée trône sur son balcon et produit du compost pour tout son jardin ! / ©Cypriane El-Chami
La tour potagère d’Andrée trône sur son balcon et produit du compost pour tout son jardin ! / ©Cypriane El-Chami

Quand « zéro déchet » rime avec « fierté »

À l’instar de la tour potagère, désormais commercialisée après l’expérimentation de Roubaix, la mairie explore le zéro déchet sous toutes ses facettes. Pour Alexandre Garcin, il s’agit avant tout d’insuffler un sentiment de dignité au sein de la population roubaisienne et redorer l’image de la ville pour ses habitant.e.s avant tout.

Après avoir été capitale du textile, puis pépinière de grands supermarchés (comme Auchan), Roubaix entre dans une nouvelle ère, celle du zéro déchet et compte bien montrer l’exemple. 

Devenir une ville circulaire

Une nouvelle métamorphose voulue par la ville, et qui n’aurait pu se faire sans une convergence de tous les acteurs du territoire. Citoyen.ne.s volontaires, associations engagées, entreprises innovantes, élu.e.s à l’écoute… Il s’agissait de créer un écosystème, de mettre en réseau des initiatives, le tout orchestré par la ville de Roubaix, qui sait comment valoriser son territoire. 

Ainsi, en implantant le zéro déchet à plusieurs échelles, la ville de Roubaix encourage un modèle d’économie circulaire. Connecter des acteurs locaux, réorienter vers des initiatives du territoire, aider les entreprises à changer d’échelle, pour créer une boucle vertueuse de solutions roubaisiennes. 

De « déchets » à « écomatériaux »

C’est ce modèle qui a inspiré Benjamin Constant et Christophe Deboffe, les créateurs de Néo-Eco : l’économie circulaire, appliquée aux bâtiments à déconstruire. L’entreprise, créée en 2008, offre une nouvelle vie à jusqu’à 100 % des matières usagées récupérées. Après leur préparation et leur transformation, les écomatériaux peuvent être à nouveau utilisés pour la construction de bâtiments, ou intégrer le marché local. « Il faut sortir ces matériaux du statut de déchet, explique Guillaume Sigiez Allegaert, responsable commercial de Néo-Eco. L’enjeu est de trouver un schéma économique pour mobiliser les entrepreneurs locaux. »

C’est là que la ville de Roubaix intervient, en mettant en relation Néo-Eco avec SEM Ville Renouvelée, autour de la Maison du projet, par exemple. SEM Ville Renouvelée est une entreprise de la métropole lilloise limitrophe. À la fois aménageur urbain, constructeur et gestionnaire d’immobilier d’entreprise, SEM Ville Renouvelée a été en charge de la transformation du site de la Lainière en une Maison du projet construite dans une démarche « Craddle to Craddle inspired » (soit, une démarche inspirée du concept « du berceau au berceau »). Le C2C est un principe de l’économie circulaire qui intègre une éthique environnementale à tous les niveaux de l’écoconception du bâtiment. La Maison du projet devait donc être à impact positif et aux matériaux 100 % réutilisables. 

Quel rôle a joué Néo-Eco ? La start-up s’est chargée de la récupération des matériaux. Le site de la filature de la Lainière, jadis fleuron de l’industrie textile de Roubaix, s’est transformée en friche de 2002 à 2012. Aujourd’hui, les derniers bâtiments ont été détruits… et les gravats font le bonheur de Néo-Eco, qui compte bien les revaloriser !

Toutes les cantines impliquées

Mais les meilleurs déchets sont ceux qu’on ne produit pas. Alors, la ville de Roubaix a souhaité intervenir à la racine. Ou plutôt, directement dans les assiettes des petit.e.s Roubaisien.ne.s. Ainsi, les 50 écoles de la ville sont passées au zéro déchet, à des stades différents. Progressivement, les barquettes en plastique ont disparu des plateaux, remplacées par de la vaisselle lavable et des produits déposés directement dans les assiettes (comme le fromage). 

Depuis 2001, les cantines proposent à la fois des repas carnés et végétariens. « Comme les familles font ce choix au préalable, les cuisines peuvent mieux gérer les quantités à produire chaque jour, ce qui évite de jeter du surplus ! », se félicite Valérie Morantin-Florczak, responsable service qualité restauration à la mairie de Roubaix.

L'école primaire Lucie Aubrac de Roubaix dit stop au plastique / ©Cypriane El-Chami
L’école primaire Lucie Aubrac de Roubaix dit stop au plastique / ©Cypriane El-Chami

L’objectif est également de réduire le gaspillage alimentaire à 100g maximum par assiette, contre 200g avant la politique zéro déchet. Certaines écoles roubaisiennes atteignent même des records de 76g voire 50g de déchets résiduels seulement ! 

Cependant, malgré tous leurs efforts, les équipes de restauration des écoles ne peuvent pas faire de miracles… « C’est sûr que quand il y a des pâtes au menu, il y a moins de gaspillage alimentaire que lorsqu’il y a des épinards ! », ironise le chef cuisinier de l’école Lucie Aubrac.

Le zéro déchet, cela s'apprend dès le plus jeune âge, au lycée Lucie Aubrac ! / ©Cypriane El-Chami
Le zéro déchet, cela s’apprend dès le plus jeune âge, au lycée Lucie Aubrac ! / ©Cypriane El-Chami

Concilier zéro déchet et bien manger ? Andrée, la retraitée ambassadrice du zéro déchet, en a bien vu les effets ! Elle, comme son mari, ont perdu quelques kilos superflus depuis le « Défi familles ». Et puis, surtout, ils ont renoué avec des habitudes de leur jeunesse : « Guy est revenu au rasage traditionnel ! Ça le rajeunit de 40 ans ! » Le zéro déchet, une seconde jeunesse pour les déchets… et pour celles et ceux qui l’ont adopté ! 

Par Cypriane El-Chami


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Hamza H. le 16/07/2019 à 01:50

Sympathique de me considérer comme "désigner" sachant qu'il n'ont pas pris la peine de mettre mon nom, rappelle que j'étais en stage de bac+3 et que j'ai dû partir de zéro et proposer un prototype en 4 mois. Une très agréable expérience pour un premier projet avec des personnes qui ne comprennent pas les aspects de la conception et le respect de la personne.

merci pour votre considération