Sagesses

La nature, le corps et l'âme : les clés du chamanisme ?

Nature Photo : Eleonore Henry de Frahan

La société matérialiste et consumériste aurait-elle déspiritualisé notre corps ? Longtemps relégué au second plan par les dogmes des religions monothéistes, le corps a souvent été dévalorisé au profit de l’esprit. Dans ce deuxième volet de la chronique de Paul Degryse, écrivain, éclaireur initié au chamanisme depuis plus de 30 ans, ce dernier revalorise les immenses potentiels de notre organisme selon le chamanisme. Deuxième partie (2/2).

 

La nature , votre interlocuteur privilégié pour renaître à vous-même

Notre corps est relié à la nature par les quatre substances fondamentales : la terre, le feu, l’air et l’eau.

Or, c’est l’air qui est la substance la plus proche de l’âme et c’est donc par la respiration que l’homme s’éveillera concrètement à l’énergie de celle-ci. De plus pour que ce rapprochement ait lieu il est nécessaire de taire le mental par la pratique du silence intérieur pour que la connaissance silencieuse de l’âme remonte au niveau de la conscience.

En combinant respiration et silence intérieur, nous aurons ainsi accès à la conscience élargie où se trouve toute la mémoire passée présente et future de l’univers.

C’est aussi le contact avec la nature qui, elle, n’est pas inhibée par le mental, que l’accès à la conscience élargie est grandement facilitée. Les plantes et les animaux vivent en effet naturellement dans un état de silence intérieur. Arbres et animaux ont une intelligence instantanée et non pas réflexive, elle n’a donc pas engendré l’égo, cette conscience de soi ambiguë hypertrophiée chez l’être humain, et leur présence va donc en quelque sorte « booster » le silence intérieur du méditant dès que celui-ci tourne son attention sensorielle vers eux.

La nature c’est l’origine de la vie et c’est en elle qu’est le secret de notre renaissance. Notre premier contact avec la vie, lorsque nous naissons, passe par nos cinq sens.Il va donc s’agir d’entrer dans la nature avec eux seuls, comme au jour de notre naissance quand le mental n’était pas encore activé, en état de silence intérieur le plus total possible.

Marcher tranquillement, dans un état de totale présence à ce qui est là : les arbres, les fleurs, la terre, les nuages, le soleil, l’eau des ruisseaux. Se contenter de recevoir, ce que l’homme moderne ne sait plus faire car il est toujours hyper-émetteur. Ne pensez pas ce que vous percevez, recevez le pleinement, sans commentaires.

Faire un avec la nature

Au début, l’habitude de tout penser ou de penser à toute sortes de choses reprend ses droits mais en persévérant avec confiance votre cerveau va finir par lâcher prise et dans un premier temps vous allez vous rendre compte que les formes, les couleurs, les ombres et les lumières sont plus vives, elles vont prendre une présence qu’elles n’avaient pas avant mais ce n’est qu’un début! Car bientôt, une chose extraordinaire va se produire : en cessant de penser vous allez devenir ce que vous contemplez : vous êtes les fleurs, vous êtes les arbres, vous êtes le ciel bleu, les nuages et le soleil, car vous avez en vous la mémoire du niveau d’évolution du monde végétal en vous et elle vient d’être réactivée par l’action conjuguée de votre silence, de votre respiration profonde et de votre réceptivité purement sensorielle. C’est une sensation surréaliste, une expérience inoubliable. Enfin vous vivez totalement ce que vous faite et ce que vous êtes, un être hyper-conscient, vous ne faites qu’un avec la nature .

L’expérience est infiniment plus facile dans la nature qu’en ville, car la nature est vivante, comme vous, et ce qui s’est passé c’est qu’elle s’est unie à vous dans votre conscience ce qui vous donne la sensation que vous êtes le créateur des images que vous vivez.

C’est cela la vraie méditation

Meditation chantee avec Caroline Petitjean.
Miroir aux fees, foret de Broceliande. Photo Eleonore Henry de Frahan

Comment fonctionne cette action mutuelle du corps et de l’esprit qui va bien au-delà de ce que la médecine officielle commence à admettre sous le terme de « psychosomatique » et comment, selon les chamanes, l’esprit seul ( entendu comme niveau de conscience ordinaire) pourrait-il avoir un tel pouvoir ? C’est précisément parce qu’ils connaissent le moyen d’élargir cette conscience ordinaire pour qu’elle fonctionne de façon non-ordinaire !

C’est l’âme qui, selon le chamanisme, est la porte d’accès à ces états de conscience élargie et la très longue expérience qu’ils ont de ceux-ci, leur a amplement démontré que le corps est l’un des meilleurs raccourcis vers l’âme. Ce pouvoir d’ultra conscience est l’outil de l’autoguérison naturelle, qui peut même prolonger la vie bien au-delà des limites humaines ordinaires.

Les chamanes ne connaissent pas l’âme par un acte de foi dans des écrits saints. Lorsqu’ils se mettent en état de voyance   ils la voient et la sentent concrètement au-dedans et autour du corps humain. Ils l’appellent le corps lumineux car ils la voient comme une forme ovoïde tout autour du corps physique débordant de celui-ci de quelques 40 à 100 centimètres, dotée de pulsations régulières et de variations de forme et de couleur selon l’état de santé, les émotions et l’état de concentration du sujet.

Elle est à la fois de l’énergie, de la lumière et de la conscience et possède un point plus lumineux dans le dos de celui-ci dont l’emplacement varie selon l’élargissement de son champ de conscience. Cette conscience est très différente de celle que la médecine localise dans le cerveau, elle n’utilise ni la pensée ni le raisonnement pour connaitre les choses et elle fonctionne aussi directement comme moteur d’actions qui sont toujours appropriées à la situation mais chez l’homme moderne, obnubilé par sa conscience intellectuelle et le dialogue intérieur permanent qui occupe toute sa conscience, l’âme s’exprime très peu .

Les chamanes, qui savent maîtriser leur mental ont évidemment une âme beaucoup plus active et présente. Ils n’attendent pas le moment de la mort pour s’en préoccuper et l’utilisent même en permanence.

Quand la science rejoint le chamanisme

Mais au fait, pourquoi le corps physique serait-il le meilleur raccourci vers l’âme ? C’est ici que la science moderne rejoint le chamanisme.

Deux généticiens, l’un russe et l’autre allemand (Alexandre Gurwitsch et Fritz Albert Popp) ont, au cours de ces dernières décennies, découvert les étonnantes propriétés d’un rayonnement ultraviolet à basse tension et d’autres rayonnements de nature plasmatique non encore totalement identifiés à ce jour, que les ADN de tous les organismes vivants émettent en permanence, changeant de forme et d’intensité selon les manipulations et ablations qu’ils leur faisaient subir. Leurs conclusions, largement sous-interprétées par prudence scientifique (même si elle ne porte pas ce nom la science a aussi son inquisition) furent que ces plantes et petits protozoaires manifestaient, à travers ces émissions lumineuses, un niveau de conscience intelligente, émotionnelle et même créative impressionnant et comparable, toutes proportions gardées, à celui des grands mammifères et être humains, bien qu’elles ne possédaient aucun organe assimilable à un cerveau.

Les chamanes que j’ai rencontré en Asie et au Mexique et dont certains perçoivent clairement le corps lumineux des êtres vivants assimilent sans le moindre doute la découverte scientifique de ces chercheurs occidentaux à leur perception de ce qu’ils considèrent comme l’âme immortelle et omnipotente de l’être vivant . Ils ajoutent et c’est une chose essentielle pour tous ceux qui abordent la pratique du chamanisme de façon sérieuse , que s’il n’est pas très difficile de la percevoir, en revanche il est nécessaire de se lancer dans un travail sérieux et patient pour « s’en servir »( mot un peu inapproprié dans la mesure où l’âme est la dimension essentielle et centrale de l’être humain, l’expression plus juste serait : « s’en rapprocher pour accéder au « grand soi » ) afin de transformer sa conscience personnelle et plus délicat encore de la manipuler chez un tiers. A réfléchir pour les apprentis sorciers et autres extracteurs d’entités et « nettoyeurs d’âme ».

L’âme est la source du corps physique avec lequel elle est « attachée » par une partie des ADN de chaque cellule vivante du corps, eux-mêmes connectés avec les méridiens et points d’acupuncture qui sont les organes de connexion directement corporelle avec elle. La conscience sensorielle du corps devient ainsi la voie d’accès la plus directe à l’énergie du corps lumineux et par là, à l’âme , porte directe vers   la conscience élargie. Le corps se révèle ainsi, sur le plan spirituel, l’intermédiaire privilégié vers les pouvoirs de l’esprit et retrouve la dimension sacrée qui lui ont toujours attribué les grandes religions opérationnelles et le chamanisme depuis des milliers d’années.

Quand le corps et l’esprit se rapprochent, l’âme émerge à la conscience ordinaire de l’apprenti-chamane, des phénomènes de conscience troublants se manifestent, et l’apprenti, ayant nettoyé son tonal (son être ordinaire : esprit et corps inclus), il est prêt à voyager dans le nagual ( l’immense territoire   intemporel où se trouvent toutes les potentialités expérientielles de chaque conscience humaine). Il pourra y puiser les nouvelles mémoires qui remplaceront les mémoires négatives dont il veut se débarrasser et qui sont la cause de ses maladies ou de ses souffrances psychologiques .

Dans cette pratique, la fonction essentielle mise en jeu est notre attention, terme dont la définition est : conscience en train d’agir. Si rien n’est plus difficile que de maîtriser notre attention c’est-à-dire notre conscience, la décision de s’y engager malgré tout va permettre à l’apprenti de développer la fonction la plus puissante de la conscience  avant même l’attention : l’intention (Intento, pour les chamanes toltèques), source de tous les pouvoirs et force créatrice de l’Univers.

Une telle entreprise peut faire hésiter le néophyte mais après tout, il ne s’agit que de se découvrir soi-même : cette intention est déjà en nous, c’est la force qui fait l’univers, et chacun sait que si c’est une graine qui a créé le fruit , à son tour une autre graine similaire à la précédente se trouve au centre de ce même fruit. Ainsi d’immenses promesses sont au centre de l’homme sous forme de rêves, d’espoirs, d’aspirations au merveilleux…. Comme la graine ! et ces aspirations ne font que nous murmurer avec insistance que la vie peut être bien plus extra-ordinaire qu’elle ne nous semble quand nous nous laissons endormir par le matérialisme, castrateur de la dimension élargie de la conscience humaine.

PAUL DEGRYSE – site: chamanisme-ecologie.com – courriel: wambli.cd@live.fr – Auteur de six ouvrages sur le chamanisme, dont: Chamane, Le Chemin des immortels et Le Chamanisme toltèque et le pouvoir de l’âme (éd. Dervy).


Lire aussi 

Première partie :Quelle place du corps dans le chamanisme ?

Tribune de Paul Degryse : Quand être devient plénitude et sentiment

Boutique : je passe à l'acte !

Hors-série 12 : Santé, vers une convergence des médecines

12,00 €

France - 1 abonnement - 1 an - 6 numéros

34,00 €

Hors-série 10 : Souffle quantique

12,00 €

Hors-série 11 : Le féminin, au cœur du changement

12,00 €

En lien avec le sujet

contenu abonnés
| Herboristerie

Arnica, l'or des Vosges

La nature, le corps et l'âme : les clés du chamanisme ?

Close

Rejoindre la conversation