Sagesses

Quelle place du corps dans le chamanisme?

Séance corporelle à l'occasion d'un stage animé par P. Degryse ©Sabah Rahmani

La société matérialiste et consumériste aurait-elle déspiritualisé notre corps? Longtemps relégué au second plan par les dogmes des religions monothéistes, le corps a souvent été dévalorisé au profit de l’esprit. Dans cette chronique, Paul Degryse, écrivain, éclaireur initié au chamanisme depuis plus de 30 ans, revalorise les immenses potentiels de notre organisme. Premier volet (1/2).

Les nouvelles spiritualités ont le vent en poupe… tant mieux! Il était temps pour l’humanité de renouveler les schémas de réponse au mystère de l’univers que nos religions officielles nous proposent depuis des milliers d’années et qui, pour le moins en ce qui concerne la culture occidentale, nous ont mené tout droit au plus funeste de tous les systèmes socioculturels imaginés par l’homme: le matérialisme.

En fait, à proprement parler, ce ne sont pas de «nouvelles spiritualités», dans la mesure où il s’agit essentiellement soit d’une émergence occidentalisée des trois religions principales d’Asie, hindouisme, bouddhisme et taoïsme, soit d’une résurgence du chamanisme liée à un besoin panthéiste de retrouver un lien spirituel avec la nature.

Le chamanisme, qui est tout à la fois la pratique d’un art de vivre, une voie thérapeutique de l’âme et du corps et une vision du monde, mérite encore moins le titre de «nouvelle spiritualité».

Tous les spécialistes s’accordent en effet pour percevoir les signes d’existence du chamanisme 40000 ans avant Jésus-Christ dans des cavernes fréquentées par des chasseurs-cueilleurs de cette époque, ce qui en fait très certainement la source initiale de toutes les religions de notre planète bien que l’on ne puisse pas le qualifier de religion.

En effet, sa résurgence actuelle, fortement boostée par un effet de mode, présente cependant un très grand intérêt pour notre civilisation terrestre en quête d’un profond renouveau tant sur le plan métaphysique qu’en ce qui concerne la connaissance de la psyché humaine et de ses capacités ainsi que sur le plan médical.

La conscience du corps

N’ayant jamais subi les ravages cognitifs de l’institutionnalisation, le chamanisme a, grâce au ciel, traversé toute l’histoire de l’humanité pour nous révéler des capacités énergétiques et thérapeutiques de la conscience humaine qui vont totalement à l’encontre des connaissances officielles sur la neuropsychologie et sur les mécanismes de la pathologie. Cette renaissance du chamanisme a deux types d’effets totalement opposés et aussi excessifs l’un que l’autre sur le monde occidental: d’un côté, elle fait fantasmer tous ceux qui se ruent vers l’apprentissage des médecines douces, en quête d’un nouveau pouvoir médical et souvent imprégnés d’une nostalgie bon enfant pour les cultures, surtout amérindiennes, qui nous les transmettent et de l’autre, elle fait sourire ou grincer des dents tous les fanatiques de la religion scientiste et rationaliste. Les premiers se parent de plumes, de tambours et de hochets et, confondant l’accessoire du chamane avec son pouvoir intérieur, prodiguent des soins qui, au mieux, s’apparentent au soulagement du placebo. Les autres, adeptes béats des médicaments et de toute la panoplie technologique de la médecine moderne, défendent autant qu’ils peuvent un progrès mortifère soutenu par des lobbyistes mondialistes sans scrupules. Aucun de ces deux types d’«adeptes» ne favorise, bien entendu, le changement urgent de paradigmes dont nous avons besoin sur cette planète et qu’une étude sérieuse et ouverte du chamanisme pourrait pourtant faciliter.

Le chamanisme comporte une dimension  «panthéiste sans dieu» qui correspond d’ailleurs opportunément à la prise de conscience de cette urgence écologique mais, ce qui le sépare nettement des religions, c’est que sa pratique comporte un recours expérientiel, individuel et libre aux états de conscience élargie à des fins à la fois libératrice et thérapeutique.

Une autre dimension, moins connue du chamanisme, est celle de l’importance donnée à la conscience du corps, qui l’éloigne encore plus des religions, en particulier du monothéisme. Dérivant directement de la plus universelle des dualités

Le 3 décembre 2018
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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