Énergie

Oasis, pour incarner les valeurs de la solidarité et de l’écologie



Par Pierre Rabhi,  paysan philosophe

L’ethnologie nous apprend que l’être humain a, par nature, un caractère clanique. De tout temps, les individus se sont réunis pour vivre en collectivité. Chaque corps social assurait son autonomie et veillait à ne pas outrepasser les limites dictées par la capacité du milieu à subvenir à ses besoins vitaux et par la nature humaine qui savait d’instinct qu’au-delà d’un certain seuil de densité, la cohésion du groupe était menacée. Quand le clan devenait trop important, une partie de ses membres essaimait, comme le font les abeilles. En tant que membre et cellule du groupe social, chaque individu avait une fonction précise et reconnue. Dans La République, Platon réfléchissait déjà à la cité idéale et affirmait qu’elle se devait d’être limitée, afin de maintenir l’harmonie avec le milieu, tout autant que l’harmonie du groupe. Il semble qu’un philosophe chinois, Tchouang-Tseu (ive s. av. J.-C.), dissertait déjà sur la question de la densité idéale des êtres humains, sous-entendue une convivialité positive pour éviter les conflits préjudiciables à la cohésion et à la cohérence de la communauté.

oasis habitat

Nul ne peut aujourd’hui ignorer que la prospérité du monde occidental s’est bâtie sur le pillage de la planète et des peuples du Sud, avec la complicité cupide des États censés les protéger. Une minorité accapare les quatre cinquièmes des ressources du patrimoine du genre humain. Tous ces déséquilibres actuels et les menaces qu’ils représentent pour l’avenir de l’espèce humaine sont révélés et exacerbés. Il ne nous reste plus qu’à espérer que les leçons tirées de la récession actuelle puissent nourrir l’imagination d’une société nouvelle. Il est à noter que cette récession est loin d’affecter l’infime minorité à l’extrême pointe de la pyramide sociale, celle de l’avoir et du pouvoir.

En 1995, insurgé contre la civilisation hors-sol, sa dissipation des ressources naturelles et son aliénation de l’être humain, j’ai lancé le mouvement des Oasis en tous lieux, afin d’encourager la création de lieux de vie solidaires et écologiques. Depuis, la problématique n’a fait que s’accentuer. Notre société a érigé un système fragmenté, individualiste et générateur de dépendance, dans lequel ceux qui n’ont pas de moyens sont oblitérés socialement. Ils tombent alors dans l’indigence et sont pris en charge par des institutions, qui sont loin de pouvoir pallier le déficit d’une véritable solidarité sensible. Au sein de cette société déshumanisée, on peut se sentir aussi bien étranger dans sa propre famille que seul au milieu de la densité urbaine. Les individus se retrouvent agglomérés sans être en lien. Ce n’est pas parce qu’il y a masse qu’il y a cohésion, c’est le contraire qui se produit. Quand je circule en ville, j’ai la sensation de participer au grouillement et d’être un exclu anonyme parmi mes semblables.

Il est paradoxal que dans ce monde dit moderne, la prolifération des outils de communication les plus sophistiqués censés favoriser la relation ne fait que l’amoindrir. L’accès facilité à l’autre par la technologie dispense de la relation naturelle et sensible que la proximité quasiment charnelle a toujours suscitée, pour le meilleur ou le moins bon ! Avec le chômage grandissant et la dette atteignant des sommets inégalés, force est de constater que la logique d’une croissance indéfinie comme solution à tous les problèmes touche à sa fin : un nombre grandissant d’individus sont rendus chaque jour orphelins par un système qui ne peut plus les materner ni les paterner. La logique du pompier pyromane touche à sa fin. Un

Le 10 novembre 2015
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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