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L’autonomie face au coronavirus ? Réponse depuis Pourgues

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Ils sont confinés mais autonomes ! Avant la crise sanitaire du Covid-19, des femmes, des hommes ont choisi la voie de l’autonomie. Par conviction. Pour imaginer et vivre autrement, en respectant l’homme et la nature. Muriel Barra les a rencontrés, filmés pour réaliser une série documentaire : « Un autre chemin, à la découverte des choix de vie en autonomie ». Ils témoignent  de leur vie pendant ce confinement. Récit depuis Pourgues, en Ariège, de Marjorie Bautista. 

Pour l’instant, au village de Pourgues, cette crise est vécue de manière sereine. Pourtant notre activité économique est bien impactée car nous avons dû annuler quelques semaines de formations et d’accueil… Et nous sommes, comme tous, très incertains sur la suite : “Que sera-t-il possible de faire ou pas en terme d’accueil, notre principale source de revenu aujourd’hui ?”

Nous faisons partie des privilégiés qui vivent à la campagne, dans un département à faible densité de population et peu impacté par le Coronavirus. Nous vivons confinés entre nous au sein du village (17 adultes et 8 enfants), et nous nous sommes davantage organisés pour les sorties afin de les limiter au maximum conformément aux décisions gouvernementales. Néanmoins, nous vivons plutôt bien le confinement: nous continuons nos activités habituelles, (hors période d’accueil) avec la cuisine, l’aménagement intérieur et extérieur, les temps décisionnels et d’échanges collectifs, la construction, le jardinage… Nous avions heureusement nos stocks de graines, et avons pu démarrer nos semis dans les temps et même augmenter les quantités prévues initialement! Finalement, le confinement nous permet de nous retrouver tous ensemble, entre habitants exclusivement, sur une période plus longue et sans coupure, ce qui nous amène à consolider nos liens et à aller vers l’essentiel. Nous venons ainsi de nous réunir sur cinq matinées, une sorte de séminaire annuel qu’on appelle « Tissage de lien », pour voir comment accélérer la résilience que nous avons déjà engagée. Nous sommes donc encore plus soudés et motivés pour accélérer le mouvement et envisager l’avenir.

Des anciens citadins

La plupart d’entre nous sont des anciens citadins. Cette crise nous fait davantage nous rendre compte à quel point nous sommes heureux d’avoir opéré un changement de vie radical il y a quelques années. Ce changement de vie a été voulu et choisi par nous tous et nous avons pu le faire à notre rythme dans un contexte serein… C’est une chance ! Quand nous sommes arrivés à Pourgues, notre motivation principale était la quête d’une vie avec plus de sens et de simplicité, une vie plus proche de la nature et de nos enfants. Beaucoup ont ainsi quitté la sécurité de l’emploi (parfois avec un bon salaire et un bel appartement) pour ce projet collectif où l’on mutualise les ressources, les énergies et les compétences pour vivre autrement. Aujourd’hui, nous avons tous bien réduit notre train de vie et nous avons pourtant amélioré notre qualité de vie. Nous vivons mieux avec moins d’argent et moins de dépenses. Finalement, ce cheminement vers l’essentiel et la résilience était déjà en cours avant la crise.

La crise que nous traversons est certainement une invitation mondiale à une remise en question sur plein de dimensions… Cela part du niveau individuel sur le choix de vie, et ça va jusqu’au niveau national sur les choix politiques de chaque pays. Aujourd’hui nous découvrons les limites de la mondialisation qui rend nos sociétés fragiles et vulnérables partout dans le monde : ”Qu’avons nous laissé faire, voire cautionné, pour en arriver là ?” Nous pouvons parler du démantèlement du service public pour réduire les coûts au détriment de la santé, de la délocalisation de la production à l’autre bout du monde pour réduire les coûts, de la dégradation de l’agriculture au profit de l’industrie chimique, du manque de soutien aux petits producteurs qui recherchent la qualité plutôt que la quantité…

Cette crise est probablement un avertissement ou un signal annonciateur d’une autre crise à venir qui sera plus lourde encore… (Economique ? Énergétique?…). Pourtant au niveau citoyen, le mouvement grandi pour un changement de fond, mais nous pouvons craindre que le système sera difficile à faire évoluer.

Portons nos espoirs sur les initiatives locales !

De plus en plus de personnes se mobilisent et se réunissent pour changer de vie ou consommer autrement… Des petits pas, certes, mais nécessaires car nous ne pouvons pas attendre que le changement vienne de l’État. Même si on parle déjà d’un grand plan de restauration de l’autonomie alimentaire, sanitaire et pharmaceutique, il faut investir dès à présent au niveau local pour trouver des solutions à ce désordre mondial. Il est temps de privilégier davantage les circuits de consommation courts et locaux, ainsi que la qualité des produits. La sortie de crise sera impossible sans changement radical. Nous sommes maintenant face, à l’échelle planétaire, aux limites d’un système que les Etats ont cautionné. Demain, les nouveaux choix politiques seront forcément à contre courant des choix engagés précédemment.

Des outils démocratiques

En ce qui concerne l’éducation, nous avons ici fait le choix de l’instruction en famille : un choix en cohérence avec notre choix de vie. Nous ne comptons pas sur l’école pour instruire nos enfants et considérons que partager notre vie avec eux est la meilleure manière pour eux de s’éduquer. Nous ne leur imposons pas un programme et un emploi du temps. Ils décident par eux-mêmes de ce qu’ils souhaitent apprendre, quand, avec qui et comment. Ils évoluent dans un environnement avec des adultes aux compétences variées, bienveillants et disponibles si besoin. Des adultes qui utilisent des outils démocratiques pour vivre et faire ensemble.

Des adultes qui réfléchissent à la résilience et entreprennent des actions concrètes au quotidien : semer et planter, récolter et transformer, fabriquer et recycler, négocier et prendre soin… Autant de savoirs et de savoirs-faire qu’ils absorbent en vivant à nos côté. Nous leur offrons un contexte de vie complexe et réel où ils peuvent jouer librement autant que possible, avec des personnes de tout âge (quel bonheur d’avoir des copains de jeu de 3 ans, 10 ans ou 40 ans !) car nous pensons que c’est la meilleure manière de développer tout ce dont ils ont besoin pour appréhender notre monde. Et notamment des compétences créatives, d’adaptabilité et relationnelles qui sont des incontournables à la résilience. Quoi de plus optimal en matière d’éducation pour traverser une crise !

Marjorie Bautista – Eco-Village de Pourgues, Le Fossat


Pour aller plus loin :

Le site internet de la série Un autre chemin


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