Bien-être

David Le Breton - « Tous les chemins mènent à soi »



Pour l’anthropologue David Le Breton, marcher, c’est à la fois s’ouvrir au monde et à soi-même. Une expérience dont il nous invite à user et abuser.

Quel rapport entretenez-vous avec la marche ?

C’est d’abord une source de plaisir, une connexion directe avec mon environnement. Marcher m’invite à être attentif au monde extérieur. Mes sens sont en éveil. Je capte les sons, les odeurs, le vent, la chaleur, le froid. Je peux toucher les arbres, les rochers, plonger mes mains dans l’eau fraîche… C’est aussi un besoin. Je ressens un vrai manque physique et psychique si je ne peux pas marcher une heure ou deux chaque jour. Cela m’aide à évacuer les tensions et à me recentrer. La marche est tellement naturelle qu’on ne réalise pas son importance. Mais quand elle n’est plus possible, c’est toute l’existence qui vacille.

Le cheminement est également très intérieur ?

Oui, on met autant son corps que son esprit en mouvement. Le léger effort produit apporte des endorphines, sources de plaisir. Mais marcher autorise aussi l’introspection. On chemine vers soi-même. La marche nous met dans une grande disponibilité d’esprit. On se détend, on voit clair en soi, on trouve des solutions à ses problèmes. C’est l’une des rares activités qui nous rend libre. Le marcheur n’est plus engoncé dans son état civil, sa condition sociale ou sa responsabilité envers les autres. Il s’abandonne aux sollicitations du chemin.

La marche possède également une dimension sociale ?

C’est évident. Quand deux marcheurs se croisent, ils se saluent. Deux automobilistes, jamais. Sur un sentier de randonnée, partout dans le monde, on s’échange des conseils. C’est universel. On retrouve la civilité et l’éthique élémentaire de la relation à l’autre. On peut aussi marcher en groupe ou en famille. Les adultes doivent emmener leurs enfants et leurs petits-enfants en balade. C’est un moment de retrouvailles et d’échange rare. Mais marcher, c’est aussi redécouvrir le silence. En été, on écoute les oiseaux et la rivière. En hiver, dans la campagne endormie, on s’entend respirer, c’est magique.

Marchons-nous suffisamment ?

Non, nous sommes entrés dans l’ère de l’humanité assise. Le matin, on s’assied dans une voiture ou un métro pour aller travailler derrière un bureau. Et le soir, nos loisirs consistent à regarder des écrans, petits ou grands. Il faut combattre cette sédentarité. Marcher est fondateur de la condition humaine. Quand le petit homme se dresse et fait ses premiers pas, il découvre le monde et va vers les autres. Il ressent un bonheur immense. Rester assis, c’est contraire à l’expérience de l’humanité.

Vous faites volontiers l’éloge de la lenteur…

Il est préférable de prendre son temps et ne pas laisser le temps nous prendre. Pour cela, rien de tel qu’une journée de marche. Avancer sciemment à 4 ou 5 kilomètres-heure dans un monde où les voitures foncent à 100 kilomètres-heure et les avions à 800 kilomètres-heure, c’est très subversif ! C’est un vrai pied de nez à ce monde qui nous incite à la vitesse, à la fulgurance, au rendement. Un contrepied aux valeurs néolibérales. Aller lentement est une forme de résistance.


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