Musique

Musiques aux jardins : transmettre des messages par les sensations



Profiter des espaces verts publics, ces vitrines des communes, pour énoncer un message artistique et gratuit sur la biodiversité, telle est l’ambition de Musiques aux jardins. Rencontre avec son créateur.

En quoi consiste Musiques aux jardins ?

Musiques aux jardins est un concept de concerts en extérieur donnés dans un parc, un jardin, un espace naturel… Je joue du piano et mon épouse, Monique Scheyder, qui est comédienne, lit des textes sur le thème de la biodiversité. Nous souhaitons faire passer des messages au grand public par le biais de l’art sur des sujets qui sont techniques et qui demandent donc parfois l’emploi de termes compliqués. Nous essayons de transmettre ces messages au moyen de musique et de mots, de manière volontairement décalée et étonnante.

Cela nous amène à beaucoup travailler avec les services des espaces verts des villes. Ce sont des spectacles gratuits pour le public. En général, les villes achètent le spectacle, puis l’offrent au public. Je suis proche des organisateurs du concours des villes et villages fleuris, ce qui me permet de repérer des villes dans lesquelles nous pourrions nous produire. Cette année, nous fêtons les 10 ans de Musiques aux jardins. Les villes qui sont fidèles à la démarche nous invitent très régulièrement.

Je pense que les deux sont complémentaires. Il y a une notion très importante à mettre en avant, c’est la notion de sensibilité. Les jardiniers, les connaisseurs, les scientifiques, les journalistes… ont un discours qui est dûment calibré et argumenté, et nous, artistes, nous n’avons pas cette connaissance. Mais nous en avons une autre, qui est celle de savoir toucher les gens par la sensibilité et de faire passer des messages scientifiques en les traduisant d’une manière artistique.

L’art est-il un meilleur vecteur que le journalisme pour faire passer des messages forts ?

Dans certains spectacles, nous mettons à l’honneur des textes de Gilles Clément, écrivain, paysagiste et jardinier, et des textes de George Sand, qui décrivent ce qu’on appelle faussement les « mauvaises herbes », qui sont en fait des herbes aussi utiles à la vie que les autres. En 1871, un texte paraît où il est question de déboiser une partie de la forêt de Fontainebleau pour y construire des lotissements – texte qui aurait pu paraître en 2015, finalement ! Les peintres de l’École de Barbizon se sont opposés à ce texte, car la forêt était leur lieu de travail. Ils sont allés voir George Sand qui a écrit un texte de sept pages sur le sujet, un texte prémonitoire où elle dit que les forêts doivent être classées au même titre que les monuments historiques… Ce soulèvement était une initiative d’artistes ! Je pense que les artistes peuvent faire passer des messages par les sensations, c’est là où il y a complémentarité avec les scientifiques.

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Comment votre message est-il perçu ?

Il est plutôt bien perçu. Le problème, c’est qu’en France, on a un double discours. On nous dit que les jardins, c’est magnifique, c’est magique, etc. Mais, d’un autre côté, les jardiniers professionnels [des services des espaces verts des villes] sont des gens souvent méprisés, traités comme des valets, alors que ce sont eux qui façonnent la ville, qui la rendent belle.

À Musiques aux jardins, nous sommes persuadés que le message sur la biodiversité doit partir de la base, d’où notre attachement aux jardiniers professionnels. Pour moi, ce sont des artistes. L’enjeu de la nature en ville est absolument fondamental, car, si ce que font les jardiniers de la ville plaît aux jardiniers amateurs, ceux-ci vont essayer de le reproduire chez eux. Les jardiniers professionnels sont exemplaires, nous devons les choyer pour qu’ils aient envie de communiquer sur leur métier et, ainsi, qu’ils inspirent les habitants des villes.

Propos recueillis par Pascal Greboval et Diane Routex


Retrouvez les prochaines dates de Musiques aux Jardins sur patrick-scheyder.com


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