Bien-être

Le bien-être au travail, une question écologique



Chronique de Gilles Farcet

Le lien entre écologie et bien-être au travail est évident. La démonstration n’en sera que plus claire si l’on aborde la question en négatif : un contexte de travail où fleurit le mal-être repose sur l’exploitation aveugle, l’irrespect et l’épuisement. On exploite aveuglément les ressources naturelles, dans un total irrespect de la nature, de ses lois et de ses rythmes, jusqu’à épuisement des sols et de toutes les richesses…

Il en va trop souvent de même des ressources humaines dans le monde du travail. Tels des poules en batterie et autres animaux dont on arrive à nier le statut d’êtres vivants pour ne plus voir en eux que de la matière à transformer en vue d’un rendement, et donc d’un profit, maximaux, quantité de travailleurs, à différents étages de l’organigramme, se trouvent relégués au rang de chair à produire. Des pièces, des résultats, du chiffre, peu importe, pourvu que l’humain soit un rouage docile de la machine emballée !

Se sentir bien dans son travail repose sur quelques principes écologiques de bon sens. Je me sens « bien » dès lors que ce à quoi je consacre une grande part de mon énergie et de mon temps a du sens à mes yeux — étant entendu qu’en eux-mêmes le salaire et le pouvoir, s’ils peuvent être de puissantes carottes, ne sont pas générateurs de sens — et dès lors que cette activité s’exerce dans un ensemble harmonieux, où chacun est à sa place et reconnu à ladite place, si modeste soit-elle, comme nécessaire à la totalité. N’est-ce pas finalement très simple ? La justesse engendre joie, santé et amour, non au sens romantique, mais en tant que solidarité, sentiment d’être ensemble et indispensables les uns aux autres. La non-justesse, méprisant les lois naturelles, engendre malheur, épuisement, maladie et ressentiment.

L’un des aspects les plus révélateurs de cet endémique mal-être au travail, dont le fameux burn-out constitue l’un des symptômes de plus en plus répandus, est la place assignée aux « seniors ».

Venant moi-même de faire mon entrée officielle dans ladite catégorie, je mesure ma chance et mon privilège : dans ma sphère d’activité, celle de la transmission, de la parole, de l’écrit et de l’écoute, l’âge est une valeur ajoutée. Mais nombre des seniors que je rencontre ont le sentiment de faiblir et craignent de mourir sous le harnais, alors même qu’ils sont chacune, chacun, un trésor de ressources. Dans l’univers stupide et arrogant de la course au résultat, la sagesse et l’expérience ne sont hélas pas des valeurs ! Dans le pire des cas, le collaborateur usé termine sa carrière la tête basse, souvent aux frais de la Sécurité sociale. Dans le meilleur des cas, heureusement de plus en plus répandu, le senior, conscient des ressources dont il est porteur, s’extrait de ce système pour créer de la vie et du lien ailleurs. C’est une perte pour l’entreprise qui n’en a pas conscience et un gain pour le tissu associatif, familial et local.

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que, tout excès appelant une réaction, le mal-être au travail est de moins en moins toléré. Lentement, quelque chose s’éveille, une prise de conscience prend forme. Dans le monde du travail, indissociable des enjeux industriels, économiques, politiques, tout est à réinventer. Ni pessimiste ni optimiste, je veux néanmoins croire que les générations montantes, parce qu’elles sont porteuses de vie, sauront construire sur les ruines des vieilles structures en bout de course. Non pas un monde du travail idéal, mais un monde du travail où l’expression « ressource humaine » retrouvera son sens.

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