La parentalité numérique contre la société des écrans

Par Charles-Maxence Layet, le 4 février 2021



Confinement, télétravail, réseaux sociaux… la vie devant les écrans, omniprésents, occupe près du tiers de notre quotidien. Des études alarment sur les effets à long terme de cette exposition précoce et intensive : troubles du langage, de la mémoire, du sommeil, de l’attention, myopie, surpoids… Pour protéger nos enfants, regardons les choses en face et suivons l’exemple des pionniers de la Silicon Valley !

 

Tout commence par un ouï-dire, un bruit de couloir à vérifier. Est-il vrai que les ténors de la Silicon Valley, les chefs d’orchestre du monde numérique, limitent l’accès de leurs enfants à la télévision, aux tablettes et aux smartphones dernier cri, leur interdisant d’utiliser des écrans pour ne pas nuire à leur développement ? Oui, c’est exact. Ainsi, une série d’articles du New York Times publiée en 2010, 2011 et septembre 2014, témoigne de l’éducation « sans écran » donnée aux enfants des P.-D.G. du secteur du high-tech. « Nous limitons l’utilisation de la technologie par les enfants », disait déjà Steve Jobs en 2010 au sujet de sa vie de famille.

Dix ans plus tard, même son de cloche du côté des pionniers des réseaux sociaux. Plusieurs d’entre eux, ex-cadres dirigeants de Google, Facebook, Instagram, Pinterest ou Twitter, rencontrés dans le cadre du documentaire The Social Dilemma (Derrière nos écrans de fumée, accessible sur Netflix depuis septembre 2020), affirment toujours strictement limiter le temps d’écran de leurs enfants, « interdisant souvent les gadgets électroniques les veilles d’école et fixant des limites très strictes les week-ends », précise le New York Times. Une règle commune : pas d’écran dans la chambre. Le contraste est radicalement différent et d’autant plus net avec les mesures de « temps écran » les plus récentes.

 

 

Surdose à tous les âges

Plus de treize heures par jour, dont au moins quatre heures sur un ordinateur ! Tel est le nouveau record de « temps écran » établi en 2020. Travail, temps libre, tablette, consoles, smartphones, nous n’avons jamais passé autant de temps les yeux rivés sur des écrans, d’autant que le confinement a encore augmenté les choses, en doublant les temps d’appel en visio par exemple. Selon ce sondage réalisé auprès de deux mille personnes par le cabinet d’études marketing britannique OnePoll, un tel volume de temps passé devant un écran représente en moyenne pour un adulte l’équivalent de trente-quatre années de vie.

Ces chiffres sont en ligne avec d’autres constats. Un sondage Nielsen, mené aux États-Unis en 2018, avait compté onze heures de temps d’écran, dont plus de quatre devant la télévision. L’enquête CoviPrev de Santé publique France, publiée en juin 2020, a noté en France pas moins de cinq heures d’écran par jour pendant le temps libre, et jusqu’à sept heures ou plus pour un quart d’entre nous, les plus diplômés, les télétravailleurs, les urbains et les jeunes. Cette surconsommation des écrans qui augmente en période de confinement s’observe en effet à tous les âges.

Plus de treize heures par jour, dont au moins quatre heures sur un ordinateur ! Tel est le nouveau record de « temps écran » établi en 2020. crédits : Jasmin Sessler/Pixabay

Ainsi, pour l’étude de la société de logiciels antivirus NortonLifeLock, présentée en septembre 2020, les enfants ont passé en France jusqu’à 8 heures 49 devant un écran pendant le premier confinement. Contre 4 heures 41 auparavant en moyenne. Plus de huit heures, c’est-à-dire l’équivalent d’une journée d’école complète en ligne. « Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque trois heures d’écran en moyenne, résume le docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’Inserm Michel Desmurget dans son livre La Fabrique du crétin digital.


© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

Soutenir Kaizen Magazine, c'est s'engager dans un monde de solutions.

Notre média indépendant a besoin du soutien de ses lectrices et lecteurs.

Faites un don et supportez la presse indépendante !

JE FAIS UN DON

La parentalité numérique contre la société des écrans

Close

Rejoindre la conversation