Bien-être et Sagesses

Comment faire mieux avec moins ?

Le bonheur d'une vie simple

Émeline De Bouver, 31 ans, vit à Louvain-la-Neuve, en Belgique. Docteur en sciences politiques et sociales à l’Université Catholique de Louvain (UCL), elle est l’autrice de Moins de biens, plus de liens. La Simplicité volontaire (éditions Couleurs livres, 2008).

 

Pourquoi avoir choisi les « simplicitaires », comme vous appelez ceux qui se sont engagés dans la simplicité volontaire, pour sujet d’étude ?

Je me suis d’abord intéressée à la question de la souffrance au travail. En rencontrant des personnes qui avaient diminué leur temps de travail, avec pour corollaire la diminution de leur consommation, j’ai glissé vers la notion de simplicité volontaire. Mon professeur d’éthique et d’économie à l’UCL, Christian Arnsperger, m’a alors conseillé de creuser cette question du choix de mener une existence alternative.

 

Vous donnez une définition holistique de la simplicité volontaire. Pouvez-vous la détailler ?

C’est un rapport à l’existence qui implique de « consommer moins pour vivre mieux », selon l’expression de l’association environnementale Les Amis de la terre. Ce mode de vie consiste à réduire sa consommation de biens, qui encombrent, afin de vivre davantage centré sur des valeurs essentielles. Il ne s’agit pas de décroître pour décroître, mais d’associer une façon de vivre extérieurement plus pauvre avec un intérieur plus riche, afin de donner davantage d’espace à la quête de sens et de justice sociale. Notre temps et les ressources planétaires étant limités, on ne peut tout avoir.

Mais renoncer, c’est aussi choisir

Vivre simplement revient à renoncer à une partie du confort matériel pour choisir une existence qui se veut authentique, solidaire et écologique. Les simplicitaires associent bien-être et modération. Quand on sait que 20 % de la population mondiale accapare plus de 80 % des richesses, il est en effet déculpabilisant de « faire sa part », pour reprendre les mots de Pierre Rabhi, d’endosser ainsi sa part de responsabilité en ne consommant pas plus que la part qui nous est allouée sur terre. Les simplicitaires se sentent mieux dans une éthique de vie en cohérence avec la phrase de Gandhi : « Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre ». Selon eux, c’est en remettant de la conscience dans ses actes, en étant solidaire de l’humanité et en respectant la nature que l’humain peut être heureux. Au-delà de la seule réduction de la consommation, il s’agit d’une démarche holistique basée sur l’idée d’interdépendance. La vie simple permet de libérer du temps pour se relier à soi en s’arrêtant, en réfléchissant, en pratiquant la méditation ; se relier aux autres en privilégiant les relations avec sa famille, ses proches et même son quartier ou la collectivité ; enfin, se relier à la nature en réduisant l’empreinte écologique personnelle.

 

Pour quelle raison avez-vous cité Albert Einstein en ouverture de votre ouvrage Moins de biens, plus de liens : « Le mode de pensée qui a généré un problème ne peut être celui qui va le résoudre » ?

Cette phrase permet de souligner que, pour changer le mode de vie qu’impose le consumérisme ambiant, il faut passer par une rupture avec tout ce qui l’alimente. Cela implique une prise de conscience des aspirations diverses et contradictoires dans lesquelles l’humain est empêtré avant de

Le 11 janvier 2019
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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