Agriculture biologique

Agriculture durable, la déclinaison allemande

© Philippe Bohlinger

Comment les Allemands s’organisent-ils pour relocaliser leur agriculture ? Ils remettent les mains dans la terre. Reportage dans une coopérative de production et de consommation à Fribourg-en-Brisgau, dans le Sud-Ouest du pays.

En France, plus de 1 600 Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) contribueraient à l’alimentation de 200 000 personnes1. En revanche, de l’autre côté du Rhin, le mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. On comptait seulement 144 structures de type Amap en fonctionnement ou en cours de création fin 20142. « Les Amap françaises résultent de la convergence, vers la fin des années 1990, des mouvements pour une agriculture paysanne et des associations de consommateurs engagés à l’image d’Attac. En Allemagne, ce rapprochement a été plus tardif, vers 2010 », analyse le chercheur allemand Peter Volz de l’association Die Agronauten (« Les Agronautes »), spécialisée dans l’agriculture durable. Nos cousins germaniques ont de fait choisi une voie plus audacieuse. Ils visent l’autonomie alimentaire où chacun s’implique davantage afin d’acquérir collectivement les terres et le matériel agricole. Ainsi, à Tunsel, à vingt kilomètres de Fribourg-en-Brisgau, une association d’agriculture solidaire baptisée GartenCoop approvisionne ses 280 membres en légumes. S’inspirant des Jardins de Cocagne, coopérative genevoise fondée en 1978, les fondateurs de GartenCoop ont interprété à leur manière le concept d’Agriculture soutenue par la communauté (ASC). Ils rendent depuis quatre ans la relation producteur-consommateur encore plus étroite en exploitant leur propre terre, en impliquant davantage les adhérents et en visant l’autosuffisance en légumes. « À l’inverse d’une Amap où une communauté vient soutenir un maraîcher, notre objectif est la propriété collective. Si ce n’est pas encore le cas des terres, c’est déjà vrai pour les moyens de production », affirme Luciano Ibarra, l’un des fondateurs. Pour le moment, les neuf hectares de surface agricole sont loués à un exploitant, mais le matériel – caissettes, tunnels de culture, matériel d’irrigation, etc. – a pu être acquis grâce aux crédits accordés par les membres lors de l’adhésion.

© Philippe Bohlinger

Plus loin que le bio

Faisant faire le tour du propriétaire, Luciano s’excuse de l’aspect « un peu précaire » de la ferme, constituée de deux baraquements, d’un local et d’une cuisine provisoires. Mais cette impression disparaît à la vue des parfaits alignements de poireaux, de choux verts ou encore de concombres. Ici, les plantations sont mises en musique selon un équilibre vertueux : un tiers de maraîchage, un tiers de céréales et un tiers d’engrais verts. « Le bio s’est bien trop rapproché de l’agriculture conventionnelle. Il se résume désormais à produire trois variétés de légumes sur d’immenses surfaces agricoles. Nous voulions renouer avec la mixité des cultures et aussi

Le 7 août 2017
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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