Mouvements citoyens et Oasis

Vivre dans un hameau autonome : une solution face à la crise

Hameau du Ruisseau

Bien avant la crise sanitaire du Covid-19, des femmes et des hommes ont choisi de vivre dans une oasis autonome. Au Hameau du Ruisseau, près de Nantes, ils ont construit un art de vivre résiliant. Muriel Barra les a rencontrés, filmés pour réaliser une série documentaire : « Un autre chemin, à la découverte des choix de vie en autonomie ». Ils témoignent de ce qu’ils ont vécu pendant le confinement et nous invite à suivre une autre voie.

 

« LIBRES ET RESPONSABLES, NOUS SAVONS QU’UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE « 

Témoignage de Patrick Baronnet

Les populations des pays qu’on dit développés ont laissé s’installer progressivement et insidieusement un mode de vie et un mode de pensée qui nous ont fait oublier qui nous sommes ?

Ce questionnement qui m’habite depuis toujours m’a permis de regarder le monde à partir de mon âme. La gouvernance sans boussole des états prenant l’ascendant sur la sagesse des peuples regroupés en hameaux ou villages n’a jamais cessé de choquer ma quête de sens.

En buvant, mangeant et respirant les éléments fondamentaux de la vie, dénaturés par l’industrie, nous payons de notre santé l’abandon de la vie simple et proche de la terre. Nous perdons nos immunités physiologiques.

En échange d’une fausse sécurité et d’un confort souvent superflus, agglomérés dans nos villes, nous avons confié la maîtrise de nos pensées, de nos territoires et de nos ressources à l’infime minorité qui décide désormais de notre emploi du temps. Ce confinement culturel contribue largement à la perte de nos immunités psychologiques et spirituelles.

Nous avons oublié progressivement les raisons pour lesquelles nous nous sommes, chacun d’entre nous, incarnés sur cette Terre, dans ce lieu-ci et à ce moment-ci. Je regarde la situation d’aujourd’hui comme le résultat de cet abandon progressif.

Je ne suis pas le copier-coller d’un ensemble de conditionnements fatals.

Je suis un être unique qui regarde le monde à partir de ma grandeur:

  • un être unique qui prend les rênes de ma vie et de mon âme
  • un être unique qui découvre le sens de mon incarnation
  • un être unique qui assume la vie qui m’est donnée
  • un être unique qui agit sur le monde, à travers ma créativité.

Cette suspension du temps liée au virus est sans doute un cadeau pour repenser nos vies à partir de « qui je suis » et de « qui nous sommes » :

Bâtir ma vie à partir des valeurs universelles qui sous-tendent la Vie, cultiver le respect et le travail sur moi-même, le respect des autres « moi-même » et le respect de tout de qui vit afin de grandir en conscience.

Autant de valeurs qui, depuis le milieu du 20ème siècle ont été érodées méticuleusement, comme pour nous faire oublier que nous sommes des personnes humaines en quête d’Amour et de Beauté.

Libres et responsables, nous savons qu’un autre monde est possible. Nous le voyons se construire sous de multiples formes. Chacun reprend progressivement son pouvoir, son autonomie de penser, son autonomie de vivre : un mode de vie tourné vers nos besoins fondamentaux, un boire-manger-dormir retrouvé, maîtrisé progressivement, collectivement et localement, curieusement proche des sagesses ancestrales qui ont su conserver notre patrimoine et nos ressources depuis des millénaires.

Fallait-il cette crise majeure pour que naisse cet enthousiasme responsable, émergeant de partout dans le monde, cette certitude d’un proche futur qui s’invente pas à pas, cet incroyable potentiel humain généré par l’avènement de la Conscience en chacun de nous?

 

« DÉVELOPPER NOS AUTONOMIES EST LA SOLUTION ! »

Témoignage de Cécile, Olivier, Mélyne et Jolann

Ce confinement a eu peu d’impact sur notre vie quotidienne car nous avons développé une certaine autonomie qui nous permet une tranquillité.

Nous avons changé nos habitudes depuis longtemps ; ce qui peut paraître difficile pour certains, est devenu simple pour nous aujourd’hui. Nous avons réappris des savoirs ancestraux tel que se soigner par les plantes, faire son pain, ses tisanes, ses baumes, sa lessive, etc., avec peu de choses. Nous avons peu de besoins extérieurs, ce qui limite nos dépendances, et nous avons choisi de réduire nos besoins énergétiques, alimentaires, de consommations en règle générale.

Nos journées ont été nourries : de lecture, de jeux en famille ou en collectif, de jardinage, de rencontres en collectif pour avancer sur l’entretien du lieux, sur les plantations, soins aux animaux, ballades, récoltes, transformations diverses, contemplations, yoga, méditations, massages, parfois jus vert et alternance de jeûne, d’écoute d’informations diverses, de constructions variées, d’échange entre nous, de contact avec la famille, les ami.es, etc.

Alors, face à cette situation, nous nous sentons mieux préparés qu’une majorité des français. Nous avons repris le pouvoir sur nos besoins physiologiques et de sécurité tel que boire, manger, dormir, se soigner (récupération d’eau de pluie, auto-construction de maison terre paille bois, jardin potager et médicinale). Donc nous sommes moins dépendants et le fait d’être en collectif nous permet de nourrir nos besoins sociaux.

Nous œuvrons pour un art de vivre en résilience, en s’associant avec d’autres collectifs qui ont le même but. Nous pensons que c’est en créant un réseau d’entraide et de diversité local que nous serons le plus autonome. La diversité est une immense richesse.

Ce moment historique est pour nous une chance, certainement difficile pour beaucoup, et essentiel pour un choix que l’humanité a à faire. Nous espérons fortement que les difficultés que chacun.e rencontre seront un tremplin pour évoluer.

Que chacun.e puisse voir, que la nature nous est essentielle, quand on est enfermé dans un appartement et dans le béton. Que chacun.e puisse voir, que sans les grands magasins, il n’y a pas de nourriture dans les villes.

Que chacun.e puisse voir, que les programmes télévisés sont majoritairement violents, et nous éduquent à la peur et à la haine. Sans éducation à la paix et à l’amour de soi et des autres, l’avenir est souffrance inutile.

Que chacun.e puisse voir que gérer ses émotions est essentiel, quand nous sommes ensemble à chaque instant.

Que chacun.e puisse voir que ses peurs sont à 90 % des créations mentales. Sans hygiène mentale, on peut commettre des actes graves. Nous espérons qu’enfin tout cela soit vu par tous.

Nous espérons que cette « sortie de crise » nous permettra de « revenir à l’essentiel ».

Il est temps de choisir collectivement une manière respectueuse de vivre sur cette planète. Le capitalisme a fait de tels dégâts pour le profit de quelques uns, au détriment de beaucoup.

Avec cette situation, nos consciences évoluent, nos modes de vie peuvent changer rapidement, la désobéissance civile peut être nécessaire. Quand des lois, des gouvernements ne sont plus au service de la vie, alors il est de notre devoir de désobéir, comme le disait Gandhi.

Créer des lieux, des collectifs de vie résilients, à l’aide de la permaculture. Créer des micros fermes bio et permaculturelles seraient effectivement l’alternative à l’agriculture industrielle. Réapprendre des savoirs ancestraux simples pour répondre à nos besoins fondamentaux.

Cette crise montre bien l’intérêt de s’organiser localement, mettre la vie, non les profits, au centre de nos préoccupations. Changer de mode de gouvernance, créer une gouvernance partagée.

Maintenant que nous savons tout cela, cette crise est une opportunité pour agir ! Il est important que chacun réduise ses besoins en retrouvant ce qui est essentiel pour lui. Nous imaginons qu’une large conscience s’est ouverte et que nous allons choisir l’amour plutôt que la peur. Et que massivement nous allons dire STOP à ce type de société pour en créer une nouvelle.

Nous savons aujourd’hui et depuis longtemps qu’une élite multimillionnaire se sert de notre force de travail pour s’enrichir, que tant de gens meurent de faim encore dans le monde. Nous imaginons que cela cessera quand chacun aura le minimum pour nourrir ses besoins de bases et pourra décider de travailler au service de sa communauté.

Alors oui : tendre vers l’autonomie est pour nous LA solution. Beaucoup de lieux y travaillent depuis longtemps. Certaines technologies sont encore à faire évoluer pour plus de simplicité, d’efficacité et encore moins d’impact.

Aujourd’hui, les principales activités scientifiques sont tournées vers le développement de la surveillance de masse, la technologie milliaire, la prise de pouvoir sur les autres. Nous pensons que la science est un outil à mettre au service du vivant, de l’autonomie ce qui permettrait d’aider à créer des lieux de vie collectives avec de moins en moins d’impact sur la terre.

Déjà beaucoup de gens sont sur ce chemin. A ce jour, ces lieux prennent en grande partie la charge de leurs déchets : toilettes sèches, compost, pas de frigo, achats sans emballages, récupération d’eau de pluie, recyclages et récupération de vêtements, dons diverses, échanges diverses dans les réseaux, gestion des eaux à épurer par phyto-épuration ou pedo-épuration, pas d’utilisation de produit toxique, cuisine au bois, four solaire, roquet stove marmite norvégienne au maximum, jardin potager, auto-construction avec des matériaux locaux et naturels, etc…

Alors, quand est-ce que vous créerez vous aussi votre lieu autonome ?

 

« QUAND IL Y A CRISE , IL Y A OPPORTUNITÉ »

Témoignage de Terra Perrin

J’ai « profité » de ce moment pour approfondir mes connaissances et pratiques d’une santé globale, physique, émotionnelle et psychique. Je reconsidère à égal les différents domaines, avec ses différentes vitesses, lenteur et rapidité. Respiration, méditation, exercices corporels, bricolage, jardinage, lecture, contemplation. Différents projets s’élaborent. Je donne du soutien et en reçois. La présence de mon collectif est essentielle. Je bois des jus de verdure (blettes, pissenlits ou autre). Je mange légumes du potager ou de producteurs locaux, cueillette de plantes sauvages, jeunes feuilles d’arbres. Je booste mon système immunitaire avec, entre autre, l’utilisation de macérats de bourgeons de notre lieu et avec la consommation d’orties !

Le mode de vie du hameau est résilient. Le confinement a permis d’approfondir les amitiés. Petite fille, j’ai habité dans un pays en guerre (au Liban 1980-82). Mes dessins d’enfants représentaient des bombardements. Traverser ces grandes peurs et les différentes crises de la vie m’ont appris à me servir de tout pour construire ce que j’ai envie de vivre : cela donne des repères internes forts. Je me sens «alchimiste» et je crois que nous avons tous cette aptitude. Je sens que, à chaque instant, Tout est possible. La vie renaît de toute situation. La vie, l’amour, la confiance sont régulièrement des choix.

Au hameau, nous sommes huit personnes. Tout événement vécu ensemble n’est pas raconté à l’identique par chaque personne. Chacun.e a ses perceptions, ses mots, ses compréhensions singulières. Cela est riche ! Si j’ai une grande confiance dans de nombreux médias que je consulte, je crois que les réalités profondes de la vie nous échappent aussi. Je peux donc choisir d’agir, avec discernement, sur ce que j’ai à portée de main, et dans la direction choisie. Je trouve ma sécurité dans la connaissance des fonctionnements de mon corps, de ma psychologie, de ma maison en terre-paille; dans la compréhension de la nature et de ses rythmes ; dans nos réseaux d’entraides entre lieux collectifs. Je me réjouis de pouvoir continuer de développer notre art de vivre avec un plus grand nombre.

L’imagination est importante. Elle sème les graines de l’action. Pour cette « sortie de crise », j’imagine de la solidarité et de la créativité collective à foison.

Face à ce que nous vivons, l’autonomie peut être un réel choix et est un chemin. Vivre en contact direct avec les éléments naturels, faire avec ses mains, partager avec un collectif soutenant constitue un ancrage profond et essentiel à mon épanouissement.

 

« A PART L’ABSENCE DE NOS AMIS VISITEURS, POUR NOUS, RIEN DE CHANGÉ ! »

Témoignage de Brigitte et Patrick Barronet

Nous avons depuis longtemps orienté et organisé notre vie en fonction de nos aspirations les plus profondes afin d’assurer au mieux, personnellement et dans un collectif restreint nos besoins fondamentaux sur un coin de terre.

Depuis 40 ans voire plus, nous sommes fiers, très minoritaires, d’avoir résisté à la pensée dominante et édifié au fil des décades un mode de vie d’une grande résilience fondé sur le bonheur de vivre avec ce qui ce qui est nécessaire et suffisant.

Vous comprendrez, à travers ces lignes, que le « confinement » n’a que très peu d’impact sur notre quotidien, puisque nous réunissons en un lieu une bonne partie des activités qui participent à la qualité de notre vie.

Sur notre Oasis, hameau du Ruisseau, comme à chaque printemps, nous préparons la terre du jardin « mandala », ensemble, chaque jour, apportons du compost, de la paille ou du foin, relevons les buttes et désherbons les allées, plantons des arbres de la forêt nourricière, soignons les haies plantées il y a 8 ans et déjà grandes, terminons ensemble la clôture des moutons. Nous affinons la terre, semons les graines en fonction du passage de la Lune dans les 4 éléments, salades, carottes, betteraves, courgettes, courges… Plantons les pommes de terre, oignon, ail, échalote, poireaux, cardes, sans oublier de soigner aussi nos petits jardins personnels.

C’est ainsi que nous assurons en bonne partie notre lieu de vie et notre autonomie alimentaire, d’une qualité exceptionnelle, mais aussi notre santé que nous entretenons, à travers une bonne nourriture saine, variée et vivante.

La prise en charge de nos besoins et de notre santé est aussi un choix assumé ; la fatigue et le temps passé pour notre subsistance ne pèse sur personne d’autres que nous.

Finalement, le confinement ne nous a touché que très peu dans notre quotidien. En revanche, nous n’avons pas pu accueillir nos amis visiteurs, nombreux et passionnés, ceux d’un après-midi, d’une journée ou de quelques jours, en quête d’un nouveau souffle. Ils sont pourtant des milliers à confirmer qu’un désir profond de changement est à l’œuvre en chacun de nous pour retrouver un monde à visage humain.

Car depuis une quarantaine d’années, nous avons compris que le développement aboutirait à la situation présente et que le remède serait proche d’expériences autonomes et solidaires sous ses formes les plus variées, à l’inverse de l’uniformisation mondiale actuelle.

Nous avons rejoins très tôt le mouvement des Oasis en tous lieux de Pierre Rabhi et sommes une des plus anciennes Oasis. Nous sommes toujours actifs dans les cadre du mouvement des Colibris au sein d’une coopérative qui prête l’argent des particuliers volontaires au service de la création de nouveaux hameaux, afin de créer une autre économie proche des réalités de la terre et du monde vivant qui l’habite.

 


Pour aller plus loin :

Le site internet de la série Un autre chemin


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