Économie circulaire

Une SPA des végétaux sauve les plantes à Lyon

Par Alicia Blancher, le 21 juin 2021



En mars 2021, Nicolas Talliu a lancé une Société Protectrice des Végétaux à Lyon. Son objectif : donner une seconde vie aux plantes qui ne trouvent pas preneur chez les commerçants et qui encombrent les particuliers. Ce paysagiste de formation les récupère, les soigne et les revend à bas prix. Il entend ainsi lutter contre un gaspillage de grande ampleur.

Nicolas Talliu est un amoureux des plantes. A travers ses diverses expériences professionnelles, toujours en lien avec végétal (paysagiste, jardinier, vendeur), ce Lyonnais d’origine a pris conscience du gaspillage qui se cachait derrière nos balcons fleuris. Changement de saison, plantes abîmée ou passées de mode… La poubelle ou la benne n’est alors jamais très loin pour les végétaux.

Pour remédier à ce gâchis, Nicolas Talliu a créé une Société Protectrice des Végétaux (SPV) en mars dernier. Le principe est simple : il récupère les fleurs sur le point d’être jetées auprès de pépiniéristes, de commerçants, et de particuliers. Après avoir été « retapées » par les soins du paysagiste de formation, elles sont revendues à petit tarif, 50% du prix du marché, dans la serre de la SPV, située dans le quartier de Gerland à Lyon. Cette pépinière urbaine est ouverte du mardi au dimanche, de 11 heures à 18 heures.

Nicolas Talliu est attentif à ne pas devenir un concurrent pour les fleuristes et pépiniéristes. C’est pourquoi il leur rachète ces plantes à moindre coût et mentionne toujours la provenance de celles-ci lorsqu’elles sont vendues dans la serre. Les particuliers récupèrent en contre partie de leur don un avoir à utiliser à la SPV (achat de fleurs, d’engrais, etc.).

Pour le fondateur de cette société, il s’agit aussi de favoriser une production locale et raisonnée. Son message : « Si vous avez des plantes chez vous, apprenez à les entretenir, apprenez à les diviser, afin de se les échanger entre nous, à l’échelle d’une ville, plutôt que de les faire venir de loin et les produire sous serre. » Il regrette notamment que les principes du local et du circuit court ne soient pas appliqués aux végétaux, alors qu’ils font référence pour le marché du textile ou encore de l’électroménager.

Nicolas Talliu récupère des plantes auprès de divers commerçants dans la région lyonnaise.

Penser la plante comme un être vivant

Le nom de Société Protectrice des Végétaux n’a pas été choisi au hasard. Ce petit clin d’œil à la SPA permet à ce Lyonnais de 33 ans de rappeler ce qu’est une plante : un être vivant.

« On ne fait pas un élevage de chiens en exigeant qu’ils soient tous parfaits. Ça devrait être pareil pour les plantes », insiste Nicolas Talliu. Ce dernier déplore les (trop) nombreux remplacements de végétaux dans les bureaux par exemple, sous prétexte qu’ils ne sont pas impeccables. « Prenez des statues dans ce cas-là », s’agace-t-il.

« Entre une plante à deux euros et un sachet d’engrais à quinze euros, le choix est vite fait. »

Pourquoi remplacer une plante plutôt que de la soigner ? Parce que cela coûte moins cher affirme le créateur de la SPV : « Entre une plante à deux euros et un sachet d’engrais à quinze euros, le choix est vite fait ». La base commerciale de la plante entretient alors ce gaspillage.

De la même manière, on ne respecte plus le cycle de la plante selon ce dernier. Certains bars lui demandent notamment de végétaliser leurs locaux malgré le manque de luminosité. Mais pour une plante, c’est comme s’il n’y avait pas d’air, donc difficilement faisable, tient-il à rappeler.

Nicolas Talliu souhaiterait ainsi refonder notre rapport à ces êtres vivants. C’est pourquoi il fustige les fiches d’entretien que l’on obtient à l’achat de plantes. A ce guide technique, cet ancien jardinier préfère une approche plus sensorielle : « Il faut écouter une plante, la regarder ». Il se rappelle avec nostalgie la connaissance et la « main verte » de ses grands-parents.

Amoureux de la nature, Nicolas Talliu a réalisé un BAC Sciences et Technologies de l’Agronomie et de l’Environnement et un BTS Aménagement du Paysage réalisé en alternance.

A la serre de la SPV, il prend le temps d’échanger avec les particuliers qui souhaiteraient soigner leurs végétaux. Parallèlement à cette société, il anime des ateliers tous les samedis matin pour délivrer ses précieux conseils, et propose des diagnostics à domicile

Contre le « greenwashing » en ville

A ce jour, Nicolas Talliu reçoit près de 500 plantes par semaine. Réseaux sociaux, bouche-à-oreille… l’initiative séduit de nombreux citadins. Rien d’étonnant pour cet ancien jardinier des terrasses à Paris. Il y a un important rapport au végétal chez les urbains selon lui, qui s’explique par l’injonction à verdir nos espaces de vies et donc nos villes.

A quel prix ? « On a l’impression qu’une ville est verte à partir du moment où elle est fleurie. Mais quand on voit que dans une ville comme Lyon ils changent deux à trois fois les plates-bandes de fleurs par an, et que les fleurs viennent souvent de loin… C’est un peu du greenwashing », déplore le président de la SPV.

Afin d’obtenir un soutien financier et trouver un autre lieu pour sa pépinière (ndlr : elle est sur un terrain en occupation temporaire qui doit s’achever en début 2022), Nicolas Talliu tente justement de convaincre la métropole et les élus locaux que son activité est d’intérêt public. Ce dernier est aujourd’hui en discussion avec Leroy-Merlin et Nature & Découvertes pour récupérer des plantes. Si les partenariats aboutissent, ce ne serait plus 500 végétaux par semaine qu’il accueillerait, mais 1 500. La place risque alors de lui manquer dans sa serre d’une centaine de mètres carrés. En attendant d’éventuelles aides publiques, Nicolas Talliu réfléchit à d’autres options pour écouler ses stocks, comme la végétalisation des terrasses.

 


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