Forêts

Une autre forêt est possible

©Pascal Greboval

Entre une forêt sauvage où l’homme n’aurait pas sa place et une forêt exploitée sauvagement où la biodiversité n’existe plus, il existe bien des alternatives. Rencontre avec des sylviculteurs qui font rimer écologie et économie.

Un homme et des chevaux. Dans cette futaie de chênes au sol gras située au pied du Jura, les machines ne passent pas. Avec Roy et Lisa, un solide Comtois et une jument Trait du Nord, Florent Daloz extrait de la forêt des billes de bois. « L’animal permet de travailler avec précision, sans abimer le sol, ni les arbres voisins qui n’ont pas été coupés. Sur une pente rude, un bord de rivière ou une zone naturelle protégée, le cheval est irremplaçable », explique-t-il. Ce savoir-faire ancestral est en train de renaître : la France compte une quarantaine de débardeurs à cheval. Au sein du groupement Débardage cheval environnement, Florent en réunit une quinzaine avec lesquels il monte des équipes pour aller chercher du bois. Des professionnels, convaincus, comme lui, qu’une autre gestion forestière est possible. « On ne prélève que ce que la forêt peut supporter. Le recours au cheval revient un peu plus cher, mais ce surcoût est largement compensé par la préservation du milieu. Sur le long terme c’est plus intéressant, car le patrimoine forestier est sauvegardé. »

Patrimoine. Le mot est essentiel pour comprendre comment fonctionne une forêt, et pourquoi la politique actuelle qui vise à la transformer en usine à bois fait fausse route. « Une parcelle forestière se gère a minima sur 50 ans. On profite des arbres plantés par les générations précédentes et on pense aux générations futures en laissant les jeunes s’épanouir. On gère un stock vivant », précise Nicolas Luigi, animateur du réseau Pro Silva France. Cette association regroupe des forestiers qui travaillent en tenant compte du rythme naturel des arbres. « On laisse vieillir sur pied, on cherche à produire en priorité du bois d’œuvre pour des charpentes, des planches, des meubles… Pour le bois de chauffage, on utilise les coupes d’éclaircie ou le bois mort sur pied. Une vraie forêt doit abriter des essences variées et des arbres de taille et d’âges différents. Une monoculture composée d’individus du même âge abattus tous le même jour n’a aucun sens. Car une fois coupée à blanc, une parcelle ne rapporte rien pendant des décennies. En prélevant ponctuellement du bois en quantité limitée, les revenus au contraire sont réguliers et plus importants. Et la forêt conserve son rôle de filtration des eaux, de stabilisateur des sols et de protection de la biodiversité. »

L’arbre qui cache la forêt

Ce discours sensé reste malgré tout isolé. La France, pourtant, est un pays de forêts. Elles couvrent plus du quart du territoire, soit 16 millions hectares, une surface en augmentation constante depuis 1850 (source IGN). Ce qui la place au quatrième rang européen derrière la Suède, la Finlande et l’Espagne. La forêt française est aux trois-quarts privée, le reste appartient à l’Etat et aux communes et est géré par l’ONF. Cette forêt privée est très morcelée, avec 3,8 millions de propriétaires, qui pour beaucoup possèdent moins d’un hectare et ne s’en occupent pas. Ce morcellement est présenté comme un handicap par la filière bois qui affiche une balance commerciale déficitaire. « Mais c’est aussi une vraie protection qui permet encore d’échapper à une exploitation industrielle lourde et destructrice », estime Rémy Boget, animateur à la Frapna. Les feuillus (chêne, hêtre, charme, frêne, châtaigner) sont majoritaires alors que la demande est forte sur les résineux à croissance rapide (épicéa, pin, sapin). Toutefois passer à la monoculture de résineux, abattus tous les quarante ans par coupe rase comme dans les Landes, prototype de la forêt artificielle, serait une grave erreur. Il manque en France une réflexion collective sur la gestion durable du patrimoine forestier pour :

– valoriser les innombrables apports écologiques de la forêt,

– protéger les arbres à croissance lente et à forte valeur ajoutée,

Le 28 septembre 2017
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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Travail du bois le 27/10/2017 à 16:32

Heureusement qu'il y ait encore ce type de personnes pour préserver la biodiversité...

merlhiot le 03/10/2017 à 12:50

coper du bois, pourquoi, pour quelles "economies, des palettes a usage unique, des maison "écolos" ultra énergivores dues aux nombreuses transformations, transports et autres idées loufoques qui font sous entendre que sans"modernisme" rien ne pourrait fonctionner, revenons aux fondamentaux, le partage et la passion de la vie....

Sylvestre le 01/10/2017 à 04:51

A l'heure de la VIème extinction massive de la biodiversité qui annonce des effondrements d'écosystèmes entiers, la question n'est pas que "la biodiversité existe", elle est que la biodiversité soit maximale !
Dans ce cas, ce ne sera pas dans des futaies régulières...
L'un des enjeux, c'est aussi la naturalité des forêts. Avec des forêts en libre évolution, des forêts qu'on laisser vieillir en ne coupant pas les arbres à 100 ou 200 ans, ce qui est TRES jeune pour la plupart de nos essences feuillues européennes... Quant aux sapins (résineux), ils peuvent vivre 600 ans, 900 ans, pourquoi tous les couper avant 200/300 ans ??? 100/150 ans le plus sou-vent...

Kaizen, média positif le 29/09/2017 à 12:14

Bonjour Didier,
merci beaucoup pour votre alerte, nous avons corrigé la coquille.
Kaizen a fait le choix éditorial de valoriser une initiative positive et alternative. Il y a en effet d'autres méthodes, ce reportage n'est qu'une fenêtre sur une méthode qui nous semble intéressante à faire connaître davantage. Merci pour ce partage d'expert et de l'intérêt partagé porté à nos belles forêts.
Chaleureusement,
Kaizen

Didier ROBERT-BABY le 28/09/2017 à 21:54

Petit erratum: la surface couverte par la forêt française est de 16 millions d'ha et non de 16 000...
Votre article est hélas très partisan: il y a des futaies régulières où la biodiversité existe. Tous les peuplements ne peuvent être traités en futaie irrégulière. La gestion est défini en fonction de la structure et de la composition des différentes forêts. Le forestier et le propriétaire ont leur mot à dire et des objectifs à fixer; et ce n'est pas pour cela qu'ils vont ruiner leur patrimoine. Merci en tout cas de vous intéresser à la forêt!
Bien sincèrement
Didier R-B (Expert Forestier)