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Sophie Pelletier : « La 5G présente un réel risque de santé pour la population »

Par Lio Viry, le 26 septembre 2020



Face aux inquiétudes et aux polémiques suscitées par les fréquences 5G, Sophie Pelletier, présidente de l’association Pour Rassembler, Informer et Agir sur les Risques liés aux Technologies Electromagnétiques (PRIARTEM) se mobilise contre le déploiement de cette nouvelle technologie. La militante fustige l’absence d’un véritable débat sur le sujet et rappelle les risques que suppose sa mise en place.

 

Aux côtés de l’association Agir pour l’environnement, vous avez engagé, début 2020, un contentieux devant le Conseil d’État contre l’attribution des fréquences 5G. Êtes-vous contre le déploiement de cette nouvelle technologie ?

Nous avons fait ce recours en réponse à un silence gouvernemental. Lorsqu’un pays veut déployer un programme d’une tel ampleur sur son territoire, il est nécessaire qu’une étude d’impact préalable soit réalisée et qu’un véritable débat sur son utilité ait lieu. Certes, la 5G va permettre d’aller plus vite, mais pour quoi faire ? Nous entendons énormément de choses sur ses éventuels futurs usages, on nous dit que cela va servir à l’industrie, mais en même temps, il est prévu d’installer des antennes un peu partout pour les particuliers. Ça part dans tous les sens et concrètement, à part nous assener que cela va être génial, aucune étude ne prouve aujourd’hui les bénéfices tant vantés de la 5G. On a une technologie soi-disant extraordinaire, mais personne n’a jamais vraiment lancé de programmes de recherche d’envergure pour savoir si c’était dangereux ou non. C’est quand même incroyable ! Et cela s’explique en partie par le fait qu’un grand nombre d’acteurs issus de l’industrie ne veut tout simplement pas le savoir, car cela viendrait contrecarrer leurs intérêts personnels. En outre, le gouvernement est dans une posture idéologique, il nous fait la promotion d’un nouveau monde ultra-connecté, mais est-ce réellement le modèle de société vers lequel nous souhaitons évoluer, avec tous les risques et les impacts que cela suppose. Personnellement, je suis contre, et je suis loin d’être la seule, il suffit de voir comment le débat s’est enflammé ces derniers jours.

 

Effectivement, suite à la publication dans le JDD d’une tribune signée par plus de 70 personnalités politiques qui demandent un moratoire sur l’attribution des fréquences, Emmanuel Macron a réaffirmé que la France allait prendre le « tournant de la 5G » et fustiger ses opposants qui selon lui souhaiteraient « revenir à la lampe à huile » et instaurer un  « modèle Amish ». Comment réagissez-vous face à ces propos ?

Franchement, je suis très en colère. Il faut dire que nous avons eu une semaine assez exceptionnelle entre les déclarations des uns et des autres. Franck Riester, le ministre chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité a jugé « sectaire » la position des nouveaux maires écologistes sur la 5G, le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O a déclaré qu’on n’avait jamais vu « quelqu’un venir avec des boutons parce qu’il vivait à côté d’une boucle locale radio», Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI estime quant à lui que les anti 5G sont des « obscurantistes », Bruno Lemaire est monté au créneau et juge « indispensable » le déploiement de la 5G sans parler d’Emmanuel Macron qui tente de disqualifier celles et ceux qui ont le mérite poser des questions légitimes. C’est assez hallucinant et il est juste inadmissible que des responsables politiques balaient d’un revers de main un sujet aussi grave. Tout cela pose de vraies questions démocratiques. La demande de moratoire est légitime. On parle quand même d’un réel risque de santé pour la population.

 

Justement, quels sont les effets avérés des ondes électromagnétiques sur notre santé ? Nous affectent-elles tous de la même manière ?

C’est un sujet assez controversé, mais deux choses font consensus au niveau scientifique. D’abord, il apparait que les enfants et les personnes de petites tailles sont plus vulnérables face aux ondes, que ce soit en champs lointains ou en champs proches. Ensuite, on sait aujourd’hui que les radiofréquences agissent sur l’activité électrique de notre cerveau. Les ondes favorisent également le stress oxydatif ce qui favorise le développement des maladies métaboliques, comme le diabète par exemple. En France, on a une augmentation sensible du nombre de tumeurs cérébrales recensées, on voit des personnes qui du jour au lendemain deviennent électrosensibles et ne supportent plus l’électricité, les antennes-relais, le wifi… Tous ces troubles vont être amplifié avec le déploiement de la 5G puisque les niveaux et les temps d’exposition vont considérablement augmenter. Il faut aussi rappeler que depuis 2011, l’OMS reconnait les radiofréquences comme « possiblement » cancérigène et que depuis de nombreux scientifiques réclament un classement cancérigène « probable », voire « avéré ». Compte tenu de notre inquiétude, nous avions écrit à Agnès Buzyn en 2019 et nous avons réussi à faire en sorte que l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) mène une expertise sur le sujet, mais les conclusions ne seront rendues que fin 2022. C’est pour cela qu’il faut absolument attendre avant d’attribuer les fréquences, car une fois que cela sera fait, ça ira très vite et il sera difficile de faire marche arrière. Tout cela nous inquiète fortement car personne n’a l’air de mesurer ce qui est en train de se passer.

 

Sur les bases d’un rapport commandé par l’État et rendu public le 15 septembre, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a assuré qu’il n’y avait « aucun risque sanitaire » si les normes étaient respectées. Quel regard portez-vous sur ce rapport et que répondez-vous à la ministre ?

Ce rapport, selon moi, n’est qu’un tissu de mensonges. Il a été fait dans la précipitation, en à peine deux mois, suite à une demande de la convention citoyenne. Les inspecteurs en charge du dossier n’évoquent à aucun moment le rapport de l’ANSES portant sur les radiofréquences et la santé des enfants, publié en 2016 et qui concluait que les normes n’étaient pas adéquates pour protéger les enfants et les personnes de petites tailles. C’est dramatique, cela veut dire que l’on vit dans un pays qui a décidé de ne pas protéger ses enfants. Et puis lorsque Barbara Pompili évoque le sujet des normes, il est nécessaire de rappeler qu’aujourd’hui les normes sur lesquelles on se base pour évaluer le degré de dangerosité des radiofréquences ne sont pas fiables du tout. Les indicateurs et les valeurs sont déterminés par l’ICNIRP, une instance hébergée en Allemagne qui n’a de compte à rendre à personne. Certains de ses membres entretiennent des liens très étroits avec des industriels pro 5G. C’est très obscur, des chercheurs ont tenté de dénoncer ce système, notamment auprès de l’ONU et de l’OMS, mais rien ne bouge vraiment.

 

Le déploiement de la 5G représente également un réel danger d’un point de vue environnemental, notamment parce qu’il exige une forte consommation d’énergie, une accélération de l’exploitation de ressources naturelles non renouvelables, une pollution accrue due à l’extraction des métaux rares ou encore une production démultipliée des déchets… Face à ce constat, que préconisez-vous ?

Je pense sincèrement qu’on peut tout à fait satisfaire les besoins de communications en faisant mieux et avec moins. La 4G a très bien encaissé le choc du confinement, les tuyaux ont résisté et la catastrophé annoncé n’a pas eu lieu. Ce qu’il faut faire, c’est mettre en place une véritable politique de sobriété numérique. D’un point de vue environnemental et médical, c’est ce sur quoi il faut tendre, d’autant plus que cela permettrait de garantir le vivre-ensemble, car le déploiement de la 5G ne va que renforcer l’exclusion des personnes électrosensibles. Aujourd’hui, je suis en colère et m’inquiète pour l’avenir, mais on ne lâche rien. Que ce soit le milieu associatif, les citoyens ou une partie de la classe politique, nous sommes nombreux à nous mobiliser. L’exécutif ne peut plus faire la sourde oreille, des études doivent être menées, auquel cas, c’est un problème majeur de santé publique qui nous attend.

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