Semences

Des semences libres pour délivrer les paysans des géants agro-industriels



Cet article a été initialement publié par Basta !.

Semer, sélectionner, échanger librement ses semences : ces pratiques ancestrales contribuent à l’autonomie des paysans et à la diversité des cultures. Mais ces dernières décennies, à cause d’une réglementation de plus en plus complexe, une partie des savoirs a été perdue. Refusant la mainmise de quelques multinationales, des paysans s’organisent pour faire revivre d’anciennes variétés de semences agricoles ou pour en créer de nouvelles, adaptées à leurs pratiques et aux particularités de leur environnement. Reportage dans une bourse d’échange de semences, en Rhône-Alpes.

« La bourse d’échange de semences va commencer. » En quelques minutes, des dizaines de sacs contenant des semences de blé recouvrent la table. Ces variétés ont une particularité : toutes ont été semées, sélectionnées et démultipliées par des paysans, directement dans leur champ. Elles sont libres de droits, non soumises à la propriété intellectuelle de quelque multinationale. « Ça c’est un mottet rouge, une variété de blé tendre qui était autrefois très répandue en Savoie, explique un participant. Elle est réputée donner un bon goût au pain ». Autour de la table, pas de jardiniers amateurs mais des paysans. Certains sont céréaliers, d’autres font de la polyculture et de l’élevage, d’autres encore sont paysans-boulangers.

« C’est la première fois que je viens, confie une paysanne en cours d’installation. Ce n’est pas toujours facile d’identifier les variétés ». C’est justement l’objet de ces rencontres régionales des semis, organisées chaque année par l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural (Ardear Rhône-Alpes), cette fois dans la Drôme [1]. « La diffusion des semences fait totalement partie du travail de paysan. Il s’agit d’échanger, de partager notre expérience avec ceux qui débutent », appuie Christian Dalmasso, paysan-boulanger en Isère.

Reconquête de « l’autonomie semencière »

L’histoire de ces rencontres remonte à 2004. Des paysans de l’Ardear décident d’expérimenter l’usage de variétés paysannes de céréales, comme le blé, le seigle, l’orge ou le maïs. Ils veulent reconquérir leur autonomie semencière, c’est-à-dire cesser de s’approvisionner auprès des grandes firmes qui trustent le marché des semences, pour trouver des variétés plus adaptées à leurs pratiques. Il existe un catalogue des variétés officielles [2], mais nombre de paysans constatent qu’elles ne correspondent pas à leurs besoins, notamment en agriculture biologique. C’est le cas de Christian Dalmasso : « Les semences du catalogue ont été sélectionnées sur les meilleures terres de France, avec tout un arsenal de chimie et d’engrais (voir la vidéo ci-dessous, extraite du documentaire La guerre des graines). Quand on leur enlève cette béquille chimique, ce sont des blés qui ont beaucoup de mal à exprimer leur potentiel. »

La baisse des rendements, de même que la qualité irrégulière des variétés du catalogue, conduisent Christian et d’autres paysans à chercher des semences plus en adéquation avec leurs conditions de culture. Avec l’Ardear, ils commencent par identifier les céréales qui étaient autrefois cultivées dans leur région. Leurs recherches les conduisent chez des particuliers qui continuent de cultiver, pour leur consommation personnelle, des espèces non inscrites au catalogue. L’Ardear se tourne également vers l’Inra, l’Institut national de la recherche agronomique, qui collecte, répertorie et stocke des échantillons de plantes et

Le 13 janvier 2017
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Delvaux Jacques le 18/01/2017 à 11:36

L'humanité souffre des mauvaises directions que notre égoïsme nous a fait prendre, depuis des siècles. Quelle chance que des personnes comme vous existent, pour nous remettre les pieds sur terre, et la main dans la main. Merci.