Spiritualités

Satish Kumar - "J’appelle à une révolution écologique, spirituelle et sociale"



Né en Inde, en 1936, Satish Kumar devient moine jaïn à 9 ans. Mais la vie spirituelle ne lui suffit pas, il quitte les ordres et se rapproche du mouvement d’indépendance créé par Gandhi. Puis, pour protester contre la prolifération du nucléaire, il parcourt 13 000 kilomètres à pied pendant deux ans et demi. En 1991, il cofonde le Schumacher College en Angleterre à Totnes. Dans son dernier ouvrage, Pour une écologie spirituelle, il propose une « nouvelle trinité » : « la Terre, l’Âme, la Société ». Rencontre

 

Pourquoi reprochez-vous aux trilogies emblématiques– telles que notre devise Liberté, Égalité, Fraternité – leur « excès d’anthropocentrisme » ?

Que ce soit la devise française, mais aussi celle de la Déclaration d’indépendance des États-Unis – Vie, Liberté, Poursuite du Bonheur – ou encore celle du mouvement New Age – Pensée, Corps, Esprit –toutes passent sous silence notre relation avec la nature. Selon la philosophie française, empreinte de la pensée dualiste de Descartes, l’être humain est supérieur à la nature et la nature est au service de l’être humain. Ce temps est révolu. À mes yeux, on ne doit pas différencier l’être humain de la nature.Toutes les vies ont une valeur égale. C’est pourquoi je propose cette nouvelle trinité.

 

Est-ce aussi pour cette raison que vous avez choisi la terre comme premier mot clef ?

Les êtres humains sont littéralement des êtres de la terre. D’ailleurs, les mots humain et humus ont les mêmes racines. Notre nourriture, nos vêtements ou encore nos maisons viennent aussi de la terre. Prendre soin de la terre est donc la première responsabilité de l’être humain, car sans elle, pas de vie. Pourtant, personne ne semble se soucier d’elle. Regardez l’érosion des sols ou la bétonisation. La plupart des êtres humains considèrent que la terre est sale. Même les agriculteurs, dans leur majorité, n’ont pas d’égards envers elle. Ils utilisent des engrais et des pesticides de synthèse qui tuent la vie microbienne présente dans le sol.

 

Comment vivre en harmonie avec la terre ?

Il faut que les agriculteurs restaurent l’humus de nos sols. Et nous devons prendre conscience que le compost est essentiel. Nous pouvons tous en faire, même en ville. Chaque élément qui vient de la terre, tel nos déchets organiques et par conséquent nos excréments, doit ainsi retourner à la terre. Comme un cycle vertueux. Après s’être reconnecté avec la terre, comment se relier à soi-même ? Pour vivre, nous devons autant cultiver le sol pour faire pousser des légumes, des fruits ou des céréales qui vont nous nourrir, que cultiver notre âme pourque germent l’amour, la compassion, la générosité ou encore le sens du sacré. Il n’y a ainsi plus de dualité entre le monde extérieur, représenté par la terre, et le monde intérieur, qui relève de l’âme. Les deux s’équilibrent.

 

Que recommandez-vous de faire, concrètement,pour ainsi cultiver son âme ?

Chacun d’entre nous peut pratiquer la méditation, axée sur l’unité de la vie, pour réunir l’écologie extérieure et l’écologie intérieure. Le fait de se retrouver en tête à tête avec soi-même permet de renoncer à son ego pour privilégier l’éco, oikos

Le 2 janvier 2019
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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