Éducation

L'éducation primaire et secondaire en Suède : l’affaire des mairies

Credits:Lena Granefelt/imagebank.sweden.se

Au cours des dernières décennies, les gouvernements successifs ont mis en œuvre d’importantes réformes scolaires. L’éducation libérale et centralisée des années 70 a progressivement cédé la place à un enseignement local de qualité, public ou privé.

Suède
Credits:Lena Granefelt/imagebank.sweden.se

L’une des originalités du système éducatif suédois porte sur le mode de gestion décentralisé de l’enseignement primaire et secondaire, qui revient aux communes depuis 1991. Elles y consacrent en moyenne 42% de leur budget annuel. Les mairies doivent présenter chaque année un plan scolaire adapté aux spécificités locales (local skolplan) mais calqué sur des objectifs pédagogiques nationaux bien stricts. Elles sont aussi responsables de l’enseignement spécialisé et des lycées professionnels. L’enseignement supérieur incombe quant à lui à l’État. Il existe aussi un enseignement « libre » ou « indépendant » réparti dans 1300 établissements privés 1 , agréés par l’Inspection nationale et dont la croissance et le mode de gestion fait débat dans la société : en effet, une partie de ces établissements scolaires est gérée par des associations et fondations à but non lucratif (à hauteur de 35%) mais aussi par des sociétés privées (65%). Les bénéfices réalisés par ces dernières sont réinvestis dans l’équipement ou les activités ou bien redistribués aux actionnaires ou placés. Aujourd’hui, ces sociétés de capital-risque investissent aussi dans le secteur médical. Une frange de la société considère qu’elles ne devraient pas faire de profit avec l’argent public dans ces deux secteurs. Herman Lindqvist, historien, tempère : « Plusieurs écoles spécialisées pour les enfants présentant des handicaps ou des retards n’auraient pas existé sans ces entreprises, certains établissements religieux non plus. » Dans le pays, 83% des écoles sont généralistes, 10% sont confessionnelles, 6% sont des écoles Steiner-Waldorf 2.

Des professeurs payés à la performance

Chaque enseignant est sélectionné localement par le directeur de l’école. L’évolution de son salaire dépend de ses performances et de sa motivation. Le salaire de base, discuté entre syndicats de professeurs et municipalités 3, est fixé selon la conjoncture économique locale. La formation académique des enseignants dure entre 3 et 5 ans ; l’étudiant choisit alors deux matières qu’il enseignera au cours de sa carrière. Herman Lindqvist estime que des progrès restent à faire, visant à améliorer le statut des enseignants : « Ils ne sont pas assez reconnus et leurs salaires sont faibles. C’est une chose que l’on n’a pas réussie chez nous, contrairement à la Finlande par exemple. »

En Suède, l’école est gratuite, les repas aussi. À l’université, chaque étudiant, quelle que soit son origine sociale, perçoit une avance de 800 euros par mois, qu’il doit rembourser à la fin de ses études. Les parents ont le choix entre école publique ou privée, choix généralement conditionné par la proximité de l’établissement. Un chèque éducation ou « voucher » est attribué à chaque élève par la mairie, correspondant au coût moyen de sa scolarité. Dès le plus jeune âge, l’auto-évaluation permet à l’élève de mesurer ses progrès, une évolution suivie de près par les professeurs, qui encouragent l’estime de soi mais pas la compétition entre élèves. La loi scolaire de 2011 vient pourtant d’instaurer un système de notation plus strict 4 et des tests nationaux obligatoires dans les classes équivalentes au collège français afin que les progrès des élèves soient mieux évalués. Ces tests permettent aussi que les lycéens n’abandonnent pas trop tôt leur scolarité – phénomène fréquent dans le pays, le lycée n’étant pas une étape obligatoire.

La fessée interdite en Suède

Historiquement, la Suède a toujours bataillé pour le respect des droits des plus vulnérables.
Dès 1948 elle abolissait les punitions corporelles à l’école. En 1979, l’entrée en vigueur de la loi  « anti-fessée » consacrait la Suède au rang de premier pays au monde interdisant tout châtiment corporel à l’encontre de mineurs. « Les enfants doivent être traités avec respect pour leur personne et leur individualité et ne doivent pas être soumis à des punitions corporelles ou à d’autres traitements humiliants » stipule le texte, aujourd’hui inscrit dans le code pénal. Tout adulte constatant un comportement violent peut saisir la justice. Immédiatement après sa promulgation, le gouvernement a multiplié les campagnes de sensibilisation à grande échelle afin de convaincre une société alors pour moitié réfractaire à la loi. Opération réussie puisqu’aujourd’hui 90% des parents suédois adhèrent pleinement à ces mesures, qui ont considérablement modifié le rapport parents/enfants. À tel point que l’enfant peut, dans certains foyers, devenir roi quand les parents l’estiment trop fragile pour mettre en place des règles et des punitions. Côté français, la fessée est une pratique utilisée par 67% des parents de manière exceptionnelle et surtout sans garde-fou juridique en cas de débordement. Elle est passible d’une amende lorsque le juge, chose rare, est saisi de l’affaire. La France rechigne à abolir ce type de punition, qui relève pour beaucoup de la sphère privée. Pas moins de 82% des Français s’opposent au projet de loi d’interdiction de la fessée. En Europe, la position suédoise l’emporte : 23 pays sur 27 l’ont bannie. À l’échelle mondiale, on en compte seulement 30.

 

[1] Sur 6600 établissements au total que compte la Suède, soit 19% (source : Sveriges Kommuner och Landsting et Friskola).

[2] Écoles dispensant une éducation qu’elles qualifient d’humaniste, combinant apprentissages intellectuels, manuels et artistiques.

[3] www.ifrap.org/Le-systeme-scolaire-en-Suede-la-reussite-d-une-responsabilisation-locale,13391.html

[4] En primaire les élèves sont désormais notés de A à F (F étant insuffisant) alors qu’il n’existait jusqu’à présent que quatre niveaux ; dans le secondaire, les notes suivent le système classique.

 


Extrait du dossier de Kaizen 12.

 

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Eric V. le 17/11/2017 à 11:53

J'espère que les collectivités territoriales ne se mèleront pas 'de l'enseignement.(pas plus qu'actuellement)
A moins de voir les cousins et enfants pistonnés des élus, devenir enseignants (pression sur le directeur recruteur), et un enseignement devenir encore plus politique, selon l'envie des élus ou maires etc.... malgré les garde -fous