Alimentation

Le quinoa, graine de joie ou de discorde ?

Par Maëlys Vésir, le 18 janvier 2021



Aliment « tendance » par excellence, le quinoa que nous consommons n’a-t-il pas un goût amer pour ses producteurs d’Amérique latine ? Ne devrions-nous pas privilégier une production française ? Autant de questions qui soulignent nos contradictions quand notre « bien-être » est en jeu dans notre assiette.

Cordillères des Andes, 4000 mètres d’altitude. Sur les hauts plateaux de l’Altiplano, à cheval sur la Bolivie, le Pérou et le Chili, les conditions climatiques oscillent entre sécheresse extrême et gel. C’est pourtant dans cette région aride que pousse la majorité du quinoa exportée dans le monde. « Domestiqué il y a plus de sept mille ans sur les bords du lac Titicaca, le quinoa est cultivé depuis des générations par des familles de paysans andins », explique Didier Bazile, agroécologue, directeur régional du Cirad et spécialiste du quinoa.

Sur le plan nutritionnel, cette plante herbacée ou « pseudo céréale [1] » est une vraie mine d’or puisque dépourvue de gluten, riche en protéines, en acides aminés et en oligo-éléments. Un « super-aliment » qui a conquis les Occidentaux, dont les Français, qui en mangent près de 6000 tonnes par an [2], principalement importé de Bolivie et du Pérou, premiers producteurs au monde. Notre consommation toujours croissante de cette « graine des Incas » détruit-elle les modes de vie des petits producteurs locaux ? Derrière ce tableau souvent caricatural se cache une réalité plus complexe.   

La majorité du quinoa exportée dans le monde pousse à 4000 mètres d’altitude, sur les hauts plateaux de l’Altiplano de la Cordillères des Andes à cheval sur la Bolivie, le Pérou et le Chili. crédits : Juan Carlos Torrico

De « graine du pauvre » à « graine de star »…

Cantonné depuis des millénaires à une agriculture de subsistance, nourrissant les familles de producteurs andins, le quinoa fait l’objet de premières exportations à partir des années 1970 pour ravir les communautés végétariennes américaines, puis connaît un premier boom dans les années 1990. « En plus de ses qualités nutritionnelles, le quinoa attire les consommateurs occidentaux à la recherche de produits issus de l’agriculture biologique, précise Didier Bazile. Il est bio par défaut puisqu’il se cultive à haute altitude, là où il n’y a pas de ravageurs, et ne nécessite donc aucun pesticide. »

Sous l’impulsion du président bolivien Evo Morales, l’ONU proclame 2013, Année internationale du quinoa, en raison de son utilité dans la lutte contre la malnutrition dans le monde. Même la NASA s’y intéresse pour ses menus des missions spatiales. Un coup de publicité titanesque qui fait exploser la demande internationale. En 2014, le prix de la tonne passe de 1500 à plus de 7000 dollars et l’exportation vers les pays occidentaux grimpe de 260 % [3] ! Dès lors, des programmes pilotes se mettent en place pour en cultiver dans une trentaine de pays. Aujourd’hui, d’après Didier Bazile, plus de cent vingt pays expérimentent sa culture.

« Sous l’impulsion du président bolivien Evo Morales, l’ONU proclame 2013, Année internationale du quinoa, en raison de son utilité dans la lutte contre la malnutrition dans le monde. Même la NASA s’y intéresse pour ses menus des missions spatiales. […] Un coup de publicité titanesque. »

De nombreux médias, comme The Guardian, ont alors rapporté que les populations andines ne pouvaient plus s’offrir ce produit de base devenu tendance pour les Occidentaux [4]. Une analyse caricaturale selon Thierry Winkel, chercheur en agroécologie à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), ayant vécu en Bolivie : « Le quinoa n’a jamais été un aliment de base, comme le riz en Asie. Il représente un aliment secondaire, à côté du maïs ou de la pomme de terre. Si les producteurs en mangent moins aujourd’hui, c’est parce que leur nourriture s’est diversifiée suite à l’élévation de leur niveau de vie. » En effet, de la fin des années 1990 au début des années 2000, le salaire moyen des paysans andins a triplé [5].


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