Littérature

Le livre est-il écolo ?

Par Juliette Labaronne, le 14 février 2021

La fabrication d'un livre impacte la foret ?

À la fois « œuvre de l’esprit » et produit commercial, objet industriel et artisanal, le livre est principalement composé de matière première végétale. Sur le papier – et sans jeu de mots –, il semble vertueux écologiquement. Mais à y regarder de plus près, est-ce bien le cas ? Quelles sont les pratiques et marges de progression possibles pour éditer et lire à moindre impact ?

 « Vieux combattant » dans un monde numérisé, la force symbolique du livre, son rôle de vecteur d’idées et de savoirs, de propulseur d’imaginaires, en font un objet souvent sacralisé – à défaut d’être considéré comme « bien de première nécessité. » Sa valeur dépasse celle d’une simple marchandise. « Parler d’écologie du livre, c’est aussi tenir compte de sa dimension sociale, de sa valeur immatérielle », pointe d’emblée Thomas Bout, éditeur fondateur de Rue de l’échiquier. Une position unanimement partagée dans le monde de l’édition. Mais le livre est devenu au cours du xxe siècle un objet de grande consommation. Premier bien culturel vendu en France, il a passé la barre du demi-milliard d’ouvrages imprimés en 2018, une tendance confirmée en 2019. La question du coût écologique de sa fabrication et de sa diffusion est donc légitime. En y consacrant, pour partie, un manifeste, l’Association pour l’écologie du livre a jeté au printemps 2020 un pavé dans la mare littéraire. « En France, nous n’avons pas l’habitude de questionner la filière édition sur des questions environnementales », indique tout de go Daniel Vallauri, en charge du programme Biodiversité des forêts pour le WWF France3. Quand l’ONG s’est penchée en 2018 sur les pratiques de fabrication des livres jeunesse en France (le secteur fait largement appel à l’Asie), seul un groupe d’édition sur les dix sollicités a répondu. Ambiance.

Pour donner vie à un livre, il faut le créer, l’éditer, le fabriquer, puis le distribuer. Au sommet de cette chaîne, les auteur.e.s sont-ils attentifs à l’impact environnemental de leurs ouvrages ? La puissante J.K. Rowling, pionnière, impose contractuellement depuis 2008 que sa saga Harry Potter soit imprimée sur papier labellisé. À une autre échelle, Olivier Razemon, journaliste et essayiste, souligne l’évidence de cette préoccupation : « Je fais confiance à mon éditeur [Rue de l’échiquier, N.D.L.R.] en pointe sur le sujet, pour résoudre au mieux cette difficile équation. Je m’astreins aussi à ne publier que quand j’estime avoir quelque chose à dire… » Mais la plupart des auteurs questionnés avouent ne pas vraiment se poser la question.

Des papiers globe-trotteurs au numérique… pas fantastique

« L’édition, c’est 7 % de la consommation de papier en France, le reste sert aux emballages, à l’hygiène… C’est peu, mais pédagogiquement, cette production se doit d’être exemplaire », estime Daniel Vallauri. C’est en se penchant sur la santé des forêts du monde que le WWF a remonté la filière et enquêté sur les pratiques de l’édition. Il serait injuste de prétendre que les grands groupes de l’édition hexagonale ne font pas d’efforts. Hachette calcule et indique le bilan carbone de ses publications. Editis imprime sur papier certifié FSC. Selon Pascal Lenoir, président de la commission Environnement et fabrication du Syndicat national de l’édition (SNE), « 95 % du papier choisi par l’édition française est certifié FSC ou PEFC. » Ces deux labels1 garantissent une gestion durable et raisonnée des ressources forestières, tout en offrant un papier de qualité. Ils sont un repère positif dans une réalité papetière ultra-complexe, car 100 % mondialisée. Saviez-vous que même garanti « made in France », notre papier


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