Agriculture

« L’agroécologie pour se réconcilier avec soi-même, son entourage et la nature. »



Depuis 1994, l’association Terre & Humanisme, initiée par Pierre Rabhi, promeut l’agroécologie en France, en Afrique, en Palestine et en Colombie. Christophe Probst, responsable de développement et formateur, revient sur les principes de cette pratique agricole, qui relève à la fois de la discipline scientifique et du mouvement social.

agroécologie terre humanisme

Trois questions à Christophe Probst de Terre & Humanisme

Quelles sont les similitudes entre l’agroécologie prônée par le ministère de l’Agriculture et celle valorisée par Terre & Humanisme ?

Les similitudes…? [Silence] Je n’en vois pas. Il manque une vision globale aux projets du ministre Stéphane Le Foll. Certaines mesures sont prises pour réduire les intrants, les pesticides, les engrais, etc. Mais elles ne sont pas suivies de faits. Elles oublient l’humain, ignorent l’organisation sociale des paysans. Cela manque de cohérence et n’inclut pas la possibilité d’une métamorphose sociétale.

L’agroécologie vue par Terre & Humanisme entraîne un changement de paradigme, touchant à toute l’organisation de la société. Pour nous, c’est une question d’éthique. Pour le ministère de l’Agriculture, l’agroécologie est perçue de manière technique et partielle.

Nous avons une autre vision du monde : sur la façon de produire, de consommer, de  transporter les aliments, de travailler ensemble, etc. L’écologie est partout. Et l’agriculture doit trouver sa place dans ce système-là. Pour l’instant, l’agriculture conventionnelle est déconnectée de cette approche.

Par contre, ce qui nous a fait plaisir, c’est que Stéphane Le Foll déclare considérer les vers de terre comme ses « camarades » [lors de la 3e Conférence environnementale, à Paris, en novembre 2014]. Là, nous sommes d’accord avec lui !

Comment définiriez-vous « votre » agroécologie et quelles sont ses vertus ?

Elle implique une réconciliation : celle de l’être humain avec lui-même, son entourage et la nature. L’agroécologie agit sur ce triptyque. Elle permet de se considérer comme une partie d’un tout. De la sorte, il est impossible de négliger cet ensemble, de le mutiler. En ayant conscience de faire partie du même monde, on protège sa personne, son environnement et la nature. La finalité est que nous soyons heureux. À ce titre, l’agroécologie peut donc être perçue comme une approche écopsychologique.

Aujourd’hui, nous sommes à côté de nous-même, à côté des autres et à côté de la nature ! En fait, on est à côté de la plaque. Le monde moderne est basé sur le dualisme. Il sépare l’être humain et la nature. On met la nature dans des parcs et dans des réserves. Tandis que, de l’autre côté, on met les humains dans des immeubles et dans des cités.

Nous voulons dépasser ce dualisme et retourner au jardin. Quand une personne prend soin d’une graine ou d’une plante, qu’elle est en contact avec la terre et son énergie, il émerge une nouvelle relation. Elle se rencontre elle-même, apprend la coopération et se reconnecte avec la nature. Cette  liaison est la source de l’évolution de l’humanité. Longtemps les humains furent des êtres de nature : ils ont été des chasseurs-cueilleurs, des paysans, etc.

Comment Terre & Humanisme permet cette réconciliation ?

Cultiver son propre jardin permet de se cultiver soi-même. Au sein de Terre & Humanisme, nous en sommes convaincus. Nous dispensons donc diverses formations autour de l’agriculture : faire son potager, identifier les plantes sauvages comestibles, faire son compost, découvrir l’apiculture… Pendant ces stages de plusieurs jours, nous essayons de donner l’étincelle qui marque le départ d’une transition, d’un changement de vie pour nos bénéficiaires. Ils se rendent compte de l’importance d’être en relation avec la terre.

Dans nos jardins, les gens se rencontrent, font des activités communes, ils touchent la terre et jardinent avec des gestes simples. Ils retrouvent un contact avec un monde vivant. Cette relation est de l’ordre du sensible, du charnel ; il existe une vibration, une énergie. On touche, on sent. Les sens sont stimulés. Cela permet de caresser notre dimension intuitive, notre sixième sens.

On est en train d’ouvrir de gros axes de travail. Nous souhaitons innover sur les questions liées à la souveraineté alimentaire, surtout pour les personnes dans la précarité. Nous allons également nous pencher sur l’agriculture urbaine, afin de rendre les espaces verts des villes productifs. Cela permettrait que le consommateur devienne producteur.

Notre travail est dans l’air du temps. Le message véhiculé par Pierre Rabhi, notre président d’honneur, passe bien. Les gens sont ouverts aux vertus apportées par la permaculture et l’agroécologie. Cela nous motive à continuer et à faire en sorte d’être au service du plus grand nombre.

 

Propos recueillis par Thomas Masson

 


Lire aussi : L’agroécologie, une éthique de vie

Lire aussi : « Savoir faire ses propres semences, c’est le cœur du métier de paysan. »

 

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caltot le 25/12/2015 à 00:18

etant pere d un enfant de 10 ans , je me dois de rester optimiste.
Kaimagazine est pour moi une source tres positive remplie d optimisme.
je suis cuisinier,mais mon patron me dis que ce n est pas possible de cuisiner bio, car trop cher...
en revanche celui ci m a permis d exploiter une belle parcelle de terrain visible de la salle de restaurant, j ai donc realiser 2 belles buttes ( en mode permaculture ) au mois d octobre .
a mon retour au mois de mars avec une bonne dose de semence bio j espere pouvoir influencer mon entourage de ce mode de culture formidable dont j ai deja eu l occasion d experimenter.
le monde est devenu fou, et j espere que l on arrivera a nous debarrasser de cette folie collective

Olivier le 17/12/2015 à 19:26

Dommage, cette interview ne donne pas beaucoup d'informations, peut-être sera t-elle utile pour les gens qui n'ont pas de jardin ni touché à de la terre, pour les autres c'est un peu maigre.