Eaux

Laetitia Hédouin, une femme au chevet du corail

Par Aude Raux, le 12 juillet 2020



Chercheuse spécialiste des récifs coralliens en Polynésie française, Laetitia Hédouin porte l’espoir de préserver le corail de la « mort blanche » face au dérèglement climatique.

Ses yeux sont bleu lagon, mais son regard est sombre comme les abysses. Scientifique au Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe/CNRS), en Polynésie française, Laetitia Hédouin, spécialiste du corail, s’est engagée à préserver ce « bien commun de l’humanité » menacé par le dérèglement climatique. Son laboratoire est ancré sur l’île de Moorea, dans l’envoûtante baie d’Opohunu. Comme chaque semaine, après avoir enfilé sa combinaison de plongée, Laetitia Hédouin monte à bord d’un Zodiac piloté par son collègue Yann Lacube. L’embarcation traverse un étroit chenal, puis la baie, et met le cap sur une forêt corallienne, que Laetitia a plantée en 2017 avec son équipe, au large des côtes. Une bascule arrière, et les voilà au milieu d’un paysage sur-réaliste : quarante arbres à coraux déploient leurs branches dans l’océan Pacifique. Au total, les chercheurs ont fixé 3 200 boutures coralliennes sur des structures immergées dans la zone des dix mètres de fond. Dans leur pépinière aquatique, ils cultivent des coraux qui ont résisté aux épisodes de blanchissement pour analyser leur capacité de résilience et, in fine, envisager de restaurer des récifs coralliens avec ces « super coraux ».

 

Dans leur pépinière aquatique, les chercheurs analysent la capacité de résilience des « super coraux » qui ont résisté aux épisodes de blanchissement.

 

« Sentinelle des océans »

Laetitia Hédouin transmet cet espoir aux habitants de l’île au cours d’une conférence. Après un pédagogique exposé sur cet animal, déferlent d’impressionnants chiffres, dont celui-ci : le corail participe à 25 % de la biodiversité marine, alors que ses récifs ne représentent que 0,1 % de la surface océanique. Mais sous l’effet du réchauffement climatique, la mort blanche rôde. Comme au printemps 2019, lorsqu’elle a recouvert le sombre océan de son linceul immaculé. Laetitia Hédouin interpelle le public : « Qu’est-ce qu’on fait pour protéger cet édifice ? » Silence. La chercheuse rappelle les funestes prévisions du GIEC : si l’on ne fait rien, les températures vont augmenter de plus de 4,5 degrés d’ici à 2100. Et 70 % à 90 % des récifs coralliens pourraient disparaître. « Le corail, c’est la sentinelle des océans, s’exclame-t-elle. L’icône de l’état du vivant sur terre. Or nous ne pourrons pas vivre sans le vivant. Il faut arrêter de croire que l’on va réparer les dommages sans s’attaquer aux sources du problème. La science et la technique ne pourront pas nous sauver. La solution est connue : il s’agit de maintenir nos émissions de gaz à effet de serre en dessous de la barre des 2 degrés,


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