Parentalité positive

La violence éducative ordinaire
"Les enfants élevés avec empathie
ne manifestent pas d'agressivité"

Par Le Cil Vert

Notre relation avec les enfants est souvent telle que nous trouvons normal de les traiter, verbalement et psychologiquement, comme nous ne traiterions pas les adultes et les personnes âgées. Olivier Maurel, fondateur de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO) décrypte les enjeux de cette violence… ordinaire.

Extrait de la rubrique Idée remuante de Kaizen 6.

Dessin : Le Cil Vert

Comment est né votre intérêt pour la question de la violence éducative ?

Cela remonte à mon enfance pendant la guerre. Ces bombardements sous lesquels j’ai dû chercher un abri. La déportation d’une de mes sœurs. Toute ma vie, je me suis demandé pourquoi les humains en arrivaient à adopter des comportements si violents et si cruels. J’avais près de cinquante ans quand j’ai trouvé la réponse la plus convaincante à mes questions, dans le livre C’est pour ton bien d’Alice Miller. Depuis lors, je n’ai pas cessé de travailler sur ce sujet. Et je me suis aperçu que la violence éducative avait des conséquences dans une multitude de domaines où on ne s’attendrait pas à la voir intervenir, comme la recherche scientifique ou la religion.

Qu’appelez-vous « violence éducative ordinaire » ? Quelle différence faites-vous avec la maltraitance ?

La « violence éducative ordinaire » désigne tous les comportements qui se veulent éducatifs, mais qui sont des formes de violence physique, verbale ou psychologique tolérées ou préconisées dans une société donnée. En France, la tape, la gifle et la fessée en sont des exemples. La maltraitance, elle, inclut des mauvais traitements sans visée éducative comme la négligence ou les abus sexuels. Dans le domaine éducatif, elle fait référence à des comportements qui, à un moment donné de l’histoire d’une société, ne sont plus considérés comme tolérables. En France, aujourd’hui, les coups de ceinture et de bâton ne sont plus tolérés. Mais ils l’étaient il y a un siècle ou deux.

Peut-on évaluer la proportion d’enfants victimes de ce type de violence en France et à travers le monde ?

Les résultats des enquêtes varient beaucoup selon la manière dont les questions sont posées. Pour la France, ils vont de 70 à 85%. Dans les pays du monde où les punitions corporelles n’ont pas été contestées, 90% des enfants, ou même davantage, sont battus, et souvent très violemment, dans les familles et dans les écoles. C’est en Europe qu’on trouve le plus grand nombre de pays ayant interdit toute forme de punition corporelle à l’école et à la maison. Mais cette tendance commence à se répandre en Amérique du Sud et en Océanie.

Quelles sont les conséquences de la violence éducative ?

Elles sont multiples. La violence est une atteinte à l’intégrité des enfants. Elle entame le capital de sociabilité innée avec lequel, comme tous les animaux sociaux, ils viennent au monde. C’est un coup porté à leur santé physique. L’Organisation mondiale de la santé recense de nombreuses maladies somatiques et psychosomatiques causées par des violences subies dans l’enfance. Elles attaquent aussi leur santé mentale et notamment leur estime d’eux-mêmes, leur confiance en eux. Cela nuit également à leurs capacités relationnelles, qui se modèlent sur les premières relations vécues dans l’enfance. La tendance à la violence ou à la soumission à la violence est une des conséquences les plus courantes de la violence éducative.

Que répondez-vous à une personne qui avance qu’ « une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne », qu’elle a elle-même reçu des fessées et qu’elle n’est pas traumatisée pour autant ?

Ces deux types de réflexions résultent d’un des effets les plus pervers des punitions corporelles. Le jeune enfant qui subit des coups ou des violences verbales de ses parents, auxquels il est viscéralement attaché, est convaincu par ces

Le 25 janvier 2013
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

Soutenir Kaizen Magazine, c'est s'engager dans un monde de solutions.

Notre média indépendant a besoin du soutien de ses lectrices et lecteurs.

Faites un don et supportez la presse indépendante !

JE FAIS UN DON

La violence éducative ordinaire
"Les enfants élevés avec empathie
ne manifestent pas d'agressivité"

Close

Rejoindre la conversation

oops le 08/10/2017 à 06:07

L'auto-évaluation est beaucoup plus efficace que l'évaluation extérieure !
Fort heureusement, de nombreux enseignants le savent et font tout pour faire progresser leurs élèves sans évaluation collective, et sans notation (et sans devoirs !).
Mon aînée est au CE1, elle n'a jamais eu de notes. Et pourtant, les enseignantes ont toujours su me dire exactement où elle en était.
De même, ma cadette, en GS, s'évalue elle-même, avec son enseignante.
Ainsi, mes filles savent exactement où elles en sont, sans compétition exacerbées entre élèves, de manière à ce qu'elles aient envie, d'elles-même, de progresser. Et si ça ne va pas assez vite à l'école, elle me demande de les faire travailler ! Elles n'ont jamais eu de devoirs obligatoires, mais demandent régulièrement à approfondir à la maison ce qu'elles ont vu à l'école (et inversement, d'ailleurs !).
On ne peut empêcher un enfant d'apprendre qu'en tuant son enthousiasme : les êtres vivants sont tous des machines à apprendre, c'est absolument naturel, et très plaisant !
A condition, bien sûr, de ne pas briser cet élan par des évaluations dévastatrices (stigmatisation de l'échec > fin de la prise de risque + mort du plaisir d'explorer > frein immédiat à l'apprentissage), des leçons ennuyeuses (impossibles à mémoriser), une domination autoritaire de l'adulte (peur > baisse de l'estime de soit et de la confiance en soit > spirale de l'échec).

Bref, quand on parle d'évaluation, encore faut-il faire la distinction entre l’évaluation formative et l’évaluation sommative... Mais il faut avouer que c'est un vaste sujet, très complexe, et souvent regardé du point du vue des adultes (comparaison avec les autres pays) et pas du point de vu de l'épanouissement de l'enfant....

Bref, l'évaluation est loin d'être une nécessité, au les 18 premières années !

Smidge le 25/06/2017 à 18:08

C'est le coup de pression le problème. Pas l'évaluation

L'évaluation est nécessaire, pour l'enseignant pour savoir comment il doit orienter son propos, et pour l'élève qui doit avoir un retour sur ce qu'il pense savoir.

Beaucoup de gens confondent l'évaluation et la façon dont on l'utilise.

Anne le 17/11/2014 à 18:02

Bonjour, je suis maman de 2 garçons que j'ai frappés quand ils étaient petits, me sentant souvent impuissante face à certaines situations. Si j'avais su alors.... et puis j'ai participé à un atelier pour parents "Faber & Mazlish" qui m'ont appris que "donner une fessée" n'était pas une solution. J'étais outrée... et puis j'ai lu des articles, parmi eux ceux d'Olivier Maurel, et j'ai pris conscience... ensuite l'atelier m'a permis d'apprendre d'autres alternatives, de remplacer la punition petit à petit, de rendre l'enfant responsable de son comportement, d'agir en anticipant et non de "réagir" après une situation. Donner des règles claires et cohérentes, formuler mes attentes. Quand l'enfant connait la règle à l'avance, il se sent en sécurité. Ensuite, il peut y avoir des "résolutions de problèmes" avec écoute active et dialogue, cela restaure la confiance et le lien. Quels changements ! Pour m'engager, je leur ai aussi promis de ne plus les frapper, et m'y suis tenue. Cela fait 8 ans que je ne punis plus ni ne donne de châtiment corporel. D'autres ateliers sont mis en place avec des parents prêts à apprendre des alternatives : Thomas Gordon, Discipline Positive, Faber & Mazlish, Ateliers d'Isabelle Filliozat, etc. Tous nous rappellent avec bienveillance qu'aucun de nous n'est un mauvais parent, nous avons juste besoin d'être informés.

Jee Yung Caillaux le 17/11/2014 à 05:55

Vous pouvez lire Faber et Maslich ... "Parents épanouis, enfants épanouis"
"Écouter pour que les enfants parlent et parler pour que les enfants écoutent"
c'est une approche humaniste d'éducation, en lignée avec "Émile ou de l'éducation" de Rousseau ...
Pour plus d'infos vous pouvez visiter mon site : www.psypourfamille.com

Cuisinier le 16/11/2014 à 14:26

Mr Maurel avait déjà énoncé les effets dévastateurs de "la fessée" dans un de ces livres et je l'avais trouvé tout à fait juste. Comment un adulte et encore plus un professionnel ayant acquis le langage peut user de comportement, d'attitude ou de parole malveillante à l'égard d'un enfant qui découvre le langage et s'identifie au "savoir être" et "faire" de l'adulte? Quel futur souhaitons nous? Les bébés sont déjà sensibles à la communication verbale ou non verbale. N'oublions pas que la communication est au moins à 75% non verbale...

Mel le 08/11/2014 à 22:02

Très bel article.
Plus je lis Kaizen , plus je me sens réconfortée, moins je me sens seule dans ma philosophie de vie. Merci !
Pour reprendre Myriam "je ne vois pas ce qu'il y a de mal à vouloir la réussite d'un élève". Moi, je vois que dans le système actuel, les évaluations débutent dès la maternelle, si, si, en petite section ! J'ai le classeur... D'ailleurs, il y a une chose que ma fille n'avait pas compris, elle a eu un "coup de pression" de l'enseignante et désormais, elle ne veut plus aller à l'école. En petite section... Dommage qu'il n'y ait pas d'école Montessori ou Freinet à proximité.

Gab le 26/08/2014 à 14:25

Olivier, merci pour cet article. Quelles pistes alors pour aider les parents qui n'ont pas d'autres exemples que l'éducation reçue par leurs parents (coups de ceinture, violences verbales, soumission...) ?
On aura beau dire, ils se sentent démunis et les livres ou beaux conseils ne les aident pas forcément à assurer.
L'empathie, pas toujours facile ni évident. Surtout quand ils pensent qu'il faut punir pour se faire respecter et se protéger de la violence de leurs futurs adolescents.
Et d'autres fois, la fermeté quand on manque soi-même d'assurance, est chose encore moins aisée...

Queen Mary le 10/08/2014 à 17:24

Réal Daddy, je ne suis pas d'accord avec toi. Olivier Maurel parle de la violence éducative ordinaire, et explique que pour poser des limites, la violence n'est pas une solution. Le développement psycho-affectif des enfants ne passe pas (selon moi) par le fait de dire non ou de poser des limites, plutôt par l'échange, le partage de moments privilégiés (jeux, rires, apprentissages divers, cuisine, câlins, ...). Refuser de frapper son enfant et le considérer avec respect est une forme d'éducation tout à fait valable et qui a fait ses preuves (et pas uniquement chez les chasseurs cueilleurs!). J'ai l'impression que pour toi, maternage proximal rime avec démission parentale. Pour moi, ce n'est pas le cas. Je pense que répondre aux besoins fondamentaux des petits humains est primordial. Et cela demande beaucoup d'énergie, ce qui est à des années lumières d'une quelconque "démission". Quant au fait de poser des limites, de dire "non", je reste persuadée que cela peut se faire de manière non-violente et avec respect. On le pratique au quotidien avec nos conjoint(e)s, nos voisin(e)s, nos collègues de travail, nos ami(e)s, des inconnu(e)s, alors pourquoi pas avec nos enfants ? Gardons à l'esprit, que l'Humain apprend par mimétisme, et que nos enfants sont en plein apprentissage (tant sur le plan émotif que relationnel, et j'en passe...)

Hugo le 10/08/2014 à 10:33

Merci pour ces précisions qui relèvent le débat et apporte de la clarté.

A parcourir le sujet, je constate malheureusement beaucoup de propos superficiels et de conclusions hatives qui tendent à décrédibiliser ce sujet.

réal daddy le 07/08/2014 à 11:17

Je trouve le propos développé dans cette article confus, en effet la ou l'auteur parle de violence éducative je parlerais plutôt de négation de l'individu avilissement ou humiliation, la précision sémantique me parait importante.

Le sadisme, la perversion, a l'egard des enfants est un fleau a combattre en tout temps mais toute éducation est violente par nature. Mettre des barrière, un cadre a un enfant ou simplement lui dire non, constitue la première violence que le parents doit malheureusement imposer a son enfant enfin de lui procurer la structuration nécessaire a son développement psycho_affectif. Nous somme sortie de l'etat idylique de la micro société de chasseur cueilleur il y a bien longtemps et même dans ces société l'interdit existe et doit être enseigné.

Je prend le temps d'apporter cette précision aux propos par ailleurs tout a fait recevable de cette article car cette confusion, entre violence et education, a le triste defaut de légitimer les nouvelles formes de démission patentales très en vogue dans certain milieu notamment les théorie sectaro_confusianistocommercial du maternage proximal.

Julien le 04/08/2014 à 18:56

Très bon article, merci à l'auteur

Myriam le 04/08/2014 à 18:20

Bonjour Fick,
L'évaluation est peut être une violence éducative mais est à ce jour le seul moyen de savoir, à un instant T, quels sont les acquis des élèves. Au sujet des révisions, je ne vois ici pas de violence, sauf si celles-ci sont trop importantes. Enfin je ne vois pas ce qu'il y a de mal a vouloir la réussite d'un élève.

Fick le 04/03/2014 à 17:38

Bonjour,
Que pouvez-vous nous dire des violences éducatives scolaires dues au stress induit par les évaluations, la pression aux bons résultats, les révisions pendant les vacances pour les enfants de primaire?
Isabelle F

Pascal Greboval le 28/01/2013 à 11:39

Bonjour Thierry,

Il s'agit des études menées en 2006 et 2007 par Warneken, F. & Tomasello, M. et dont on peut voir les vidéos et les références complètes sur le site :
http://www.eva.mpg.de/psycho/study-videos.php

Belle Journée
Pascal

thierry le 27/01/2013 à 13:08

bonjour
" Mais aujourd’hui les études sur la psychologie infantile montrent que s’ils sont élevés avec empathie, non seulement ils ne sont pas violents, mais ils sont naturellement portés à l’entraide."
serait-il possible d'avoir ces références?
grand merci pour cet article