Bien-être

Kokliko : coiffure slow et engagée

Par Charlène Dosio, le 20 août 2020

©Charlène Dosio

Associer beauté, bien-être et respect de la planète ? Cette mission n’a rien d’impossible ! Elle est même au cœur de la philosophie de travail du salon de coiffure Kokliko, à Caen (Calvados). Immersion dans la thérapie capillaire éthique et bio.

En octobre 2020, le salon de coiffure Kokliko, situé à Caen (Calvados), soufflera fièrement sa treizième bougie. Ce projet, c’est celui d’Aurélie Helaine. Âgée de seulement vingt-deux ans, la jeune femme décide en 2007 de voler de ses propres ailes et d’ouvrir son propre salon de coiffure végétale et éthique. « Durant les deux premières années de création, j’ai eu de nombreuses prises de conscience. J’ai commencé à me demander pourquoi je travaillais avec tels marques et produits, à découvrir ce qu’il y avait dans les colorations chimiques et c’est ainsi que j’ai choisi de me tourner vers le végétal », se souvient Aurélie. Une mission réussie pour la jeune cheffe d’entreprise, qui travaille aujourd’hui avec 95 % de produits d’origine naturelle et végétale. Cet engagement écologique, on le retrouve également dans les services proposés au sein du salon : soins et cosmétiques végétaux (huiles, argiles, plantes), mobilier recyclé, toilettes sèches, ou encore boissons bio.

Au-delà de cet engagement éthique et respectueux de la planète, c’est une réelle philosophie d’accompagnement et de bien-être qui est développée au sein de Kokliko. Afin de propager ses valeurs auprès des autres professionnels de la filière et les inciter à sauter le pas, le salon de coiffure pionnier est engagé dans des associations locales, comme Normandie Equitable, pour « encourager le commerce éthique et équitable, les produits biologiques, et l’économie sociale et solidaire ». Avec l’aide de son conjoint, Aurélie a également créé le site Mon coiffeur bio, un annuaire aidant à référencer les coiffeurs utilisant des produits végétaux et bio à travers toute la France.

« Prendre soin de soi et de la planète, c’est complémentaire »

Comme le rappellent certaines études réalisées par le Comité scientifique des produits de consommation de l’UE (CSPC), coloration et salons de coiffure traditionnels ne riment pas toujours avec respect de l’environnement et de la santé. Parabène, ammoniac, perturbateurs endocriniens, métaux… certains composants présents dans les produits capillaires conventionnels sont de réelles bombes chimiques. « Lorsqu’on découvre ce qu’il y a vraiment dans la coloration classique, c’est assez toxique. Rien qu’avec ce qu’on rejette dans l’eau, c’est très polluant ! », déplore Aurélie. Ainsi, en plus de proposer des produits végétaux, son salon réalise un véritable travail de sensibilisation auprès de ses clients, mais également des marques avec lesquelles il collabore. « C’est nécessaire de prendre le temps d’expliquer comment fonctionnent les colorations végétales. J’essaye aussi de faire comprendre que les ingrédients des produits ne sont pas toujours locaux. Même s’il y a marqué “made in Normandie”, il peut, par exemple, y avoir du beurre de coco venant de très loin, ce qui est aussi polluant. Faire attention à la provenance des ingrédients est important », détaille la fondatrice du salon.

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L’éthique de Kokliko ravit les clients, comme Claudette, fidèle depuis quelques années. Résidant en dehors de Caen, cette habituée n’hésite pas à faire une dizaine de kilomètres pour se rendre au salon. « Ce qui me plaît chez Kokliko ? Tout est végétal et il n’y a aucun produit chimique. Dans ma vie quotidienne, je m’efforce déjà de vivre dans un état d’esprit respectueux de l’environnement ; c’est très important pour moi. Venir ici, c’est un investissement, mais ça vaut le coup. » Aurélie en est convaincue : « Prendre soin de soi et de la planète, c’est complémentaire. »

Aujourd’hui, la demande de solutions plus respectueuses de la planète s’est considérablement accrue. « Les clients souhaitent savoir où ils peuvent manger bio, acheter des vêtements naturels, des produits végétaux… C’est évident : ils ont envie que ça change et veulent des solutions concrètes. Mais la demande est malheureusement beaucoup plus grande que l’offre », constate Aurélie. Pourtant, trop peu de salons de coiffure proposent ce type d’offre écologique en France. Selon Aurélie, ce manque est dû à différents facteurs : peur du changement et des difficultés, absence de prise de conscience et de remise en question de ses habitudes. Pour y remédier, depuis deux ans, le salon Kokliko propose aux professionnels de la coiffure formations et accompagnement dans la reconversion végétale, en partenariat avec leur fournisseur, ou une marque de coloration végétale.

©Kokliko
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« Travailler avec bienveillance »

Tisane et café à volonté, terrasse ombragée, bacs de lavage isolés, musique et lecture… Chez Kokliko, toutes les conditions sont réunies pour mettre le client à l’aise, qu’il « se sente bien dans le salon ». Quand elle est entrée dans le monde de la coiffure, Aurélie a d’abord travaillé pour de grandes franchises, où bien-être et bonne ambiance n’étaient pas toujours au rendez-vous. « Lorsque j’ai ouvert mon propre salon de coiffure et eu mes premières salariées, c’était très important pour moi d’instaurer une sérénité au travail. Afin de bien s’occuper des clients, c’est important d’être bien soi-même et dans son travail. Travailler avec bienveillance, c’est le mot d’ordre chez Kokliko », indique la gérante.

Ce souci du bien-être des clients va au-delà de la coupe de cheveux. Depuis quelques années, Aurélie lutte contre les diktats de la beauté au sein de son salon. Elle accompagne notamment ses clientes dans l’acceptation de leurs cheveux blancs. « Chez Kokliko, on aime la beauté dans son état naturel. Entre les poils à retirer, le vernis à ongles à mettre, la couleur à faire… les femmes sont trop esclaves de la société. Pour moi, les cheveux blancs, c’est l’ultime naturel. Ça illumine le visage et donne plus de douceur », déclare la fondatrice du salon, avant d’ajouter : « Nous ne sommes pas là pour jouer avec les cheveux, les transformer ou les dénaturer. C’est une conception de l’esthétique que nous ne partageons pas ici. On souhaite seulement embellir la personne, en la faisant se sentir bien dans sa tête. »

Cette considération bienveillante envers le client, Anne l’a tout de suite ressentie en franchissant le seuil du salon de coiffure. « Entre 30 et 45 ans, j’ai fait beaucoup de colorations classiques. Mais en 2017, j’ai eu un déclic et j’ai décidé d’en finir avec les colorations pour enfin accepter mes cheveux blancs. J’ai fait plusieurs salons pour avoir des conseils sur les cheveux blancs, mais je n’ai pas toujours été bien reçue. Ici, j’ai l’impression qu’on respecte vraiment la cliente et ses envies. »

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Aurélie, gérante et fondatrice de Kokliko. ©Kokliko

Slow et minimaliste

Au fil des années, Kokliko a dû s’agrandir, non seulement pour répondre à la demande, croissante, et accueillir une plus large clientèle, mais aussi pour appliquer sa philosophie de travail « slow » et éviter l’ambiance usine. « Faute de moyens ou de temps, certaines personnes ne peuvent aller régulièrement chez le coiffeur. Alors, chez Kokliko, on a envie qu’elles passent un réel moment de détente », explique Aurélie. Tout est imaginé pour que la séance devienne une pause agréable : des bacs de lavage et des postes de coiffure espacés, de la musique, une bibliothèque à disposition, et une relation privilégiée avec les coiffeuses. Une démarche qui plaît aux clients, comme le souligne Claudette, une habituée : « Le service à la personne est excellent. Les coiffeuses sont adorables et prennent le temps de s’occuper de nous ; il y a une superbe ambiance à chaque fois que je viens ici. »

Néanmoins, Aurélie constate encore de mauvaises habitudes de consommation des produits cosmétiques. « Certains clients ressentent le besoin de repartir du salon avec une gamme complète de produits tels que des huiles, baumes, après-shampoings, etc. » Afin de lutter contre cela, elle sensibilise ses clients à une routine capillaire plus minimaliste. On trouve ainsi chez Kokliko toute une variété de shampoings solides, ainsi que des bidons de recharge, où les clients peuvent ramener et remplir leur propre bouteille. « Cette démarche d’inspiration zéro-déchet peut faire peur, mais c’est un combat dans mon métier de coiffeuse. On mène également des ateliers pour montrer aux gens que l’on peut prendre soin de ses cheveux avec les produits que l’on a dans sa cuisine, tels que des avocats, bananes, etc. Avec ce système, on verra peut-être moins les clients, mais ce n’est pas grave : il y a assez de consommation comme ça ! », souligne avec conviction la fondatrice de Kokliko.

Former ses pairs à la coloration végétale et bio, encourager ses clients à réduire les colorations et garder leurs cheveux blancs, sensibiliser à la surconsommation de produits cosmétiques… Voguant à contre-courant de la philosophie des salons de coiffure conventionnels, Aurélie mène sa barque avec créativité et enthousiasme : « Chaque jour, on essaye d’aller plus loin dans la démarche écologique. Lorsqu’on a commencé à s’engager sur cette voie-là, il est difficile de s’arrêter. Chez Kokliko, cela est très important et ça nous parle. C’est notre philosophie de vie. »

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