Parentalité positive et Pédagogie

Jouer en famille pour se reconnecter

Par Audrey Guiller et Nolwenn Weiler, le 30 décembre 2020

G.lenoble jeux coopératif pour Kaizen

Réunie autour d’un jeu, une famille communique, fait équipe, se regarde, rit ou parlemente. Le temps qu’elle passe à jouer est comme un monde parallèle qui nourrit et relâche le reste du quotidien familial.

Mercredi à Planet’Jeux, la ludothèque du Mans : James (5 ans), Antonio (8 ans) et leur mère Rachel s’adonnent avec plaisir à leur petit rituel. Ils choisissent les jeux qui animeront leurs soirées du mois. « Tous les jours, on joue à un jeu de société, raconte Rachel. Parfois, juste un quart d’heure avant le repas, à un jeu “de grand”, quand James est couché, ou à des jeux plus longs le week-end. Cela a été une bonne façon pour Yan, mon nouveau conjoint, d’apprendre à connaître mes fils. »

Rachel aime regarder ses garçons jouer : « J’ai l’impression d’apprendre à les connaître un peu plus. Comme ils ne parlent pas de ce qu’ils font à l’école, je découvre leurs progrès, leur personnalité. J’ai appris de l’aîné qu’il s’investit à fond. » Maëliss Layeux, coach parentale et doula en Belgique1, confirme que le jeu est le langage et le métier de l’enfant : « C’est sa manière de s’exprimer. Et c’est là qu’il apprend à écouter, à coopérer, à imaginer. Observer son enfant pendant qu’il joue apprend beaucoup à un parent. »

James apprécie ces moments : « C’est comme un cocon autour de moi. » Rachel aussi les vit comme une bulle : « On se sent particulièrement liés parce qu’on est ensemble dans un autre espace-temps. Et on interagit fortement : on se regarde, on rit, on fait équipe. » « Jouer en famille crée de l’intimité, constate Maëliss Layeux. Dans notre société très pressée, les temps de qualité avec les enfants deviennent rares. Jouer, c’est choisir un temps ensemble, choisir d’être présents les uns pour les autres. »

Du « pour de faux » qui fait du bien

Dans ce cocon léger, cet espace-temps différent, les enfants apprennent à traverser des difficultés auxquelles ils seront confrontés plus tard, à une autre échelle. « Parfois, les garçons sont frustrés de perdre, ils ont du mal à patienter ou à suivre les règles. On les accompagne. Et le contexte du jeu dédramatise », raconte Rachel. « Souvent, les règles sont perçues comme des obligations négatives. Par le jeu, on peut aider les enfants à les voir différemment, comme une annonce des conséquences : quand il se passe ceci, alors voilà ce qui arrive ensuite. Pour les règles de la vie familiale, c’est la même chose », suggère Maëliss Layeux.

Le temps que la famille passe à jouer est très enrichissant et permet de rompre avec le quotidien. « Jouer nous aide à réguler les tensions de la journée, reconnaît Rachel. On s’écoute autrement, l’ambiance est plus légère, comme si on se réconciliait. Il y a une rivalité entre mes deux fils, ils se jalousent, ils se tapent. Quand ils font équipe, je vois qu’une complicité se crée. » Ils rusent ensemble, ils rient, ils communiquent en mimant. « Cela les apaise, poursuit-elle. Parfois, au contraire, le jeu fait exploser la tension entre eux. C’est intéressant, pour peu que les parents soient d’attaque pour gérer ! » Au jeu, on peut revendiquer, résister, contester les règles, se bagarrer. Du « pour de faux » qui fait du bien pour de vrai. C’est aussi un espace de renversement des rôles. Adultes et enfants sont à égalité. « C’est cool car les adultes ne sont pas les plus forts et ils peuvent perdre », résume Antonio.

  1. www.maeliss.com
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Pour que jouer ne devienne pas une corvée

« Tu peux jouer avec moi ? » Après une journée de travail, difficile parfois pour un parent de se motiver pour une partie de jeu de l’oie. « Les parents sont souvent fatigués et ont du mal à trouver du temps disponible », explique Stephan Valentin, psychologue et auteur de Nous serons toujours là pour toi (éditions Pfefferkorn). Toute interaction avec l’autre, même avec son enfant qu’on aime plus que tout, peut paraître à ce moment comme l’effort de trop. » Sans compter que certains n’ont jamais joué avec leurs propres parents ou bien peinent à se défaire du sérieux qu’on attend d’eux dans la journée. Que les parents se détendent : « Personne n’est censé s’asseoir trois heures pour faire un jeu qu’il déteste, sourit Stephan Valentin. Jouer n’a pas besoin d’être long : 15 à 30 minutes suffisent, du moment qu’on s’y consacre complètement, en éteignant son téléphone et la télévision. » Si un parent n’a aucun intérêt pour les jeux de société, il peut en proposer d’autres sortes : ballon, construction de cabanes, loisirs créatifs, déguisements, etc. « Tout le monde sait jouer à quelque chose, assure le psychologue. Ne serait-ce que faire le clown avec son enfant, qui est très bon spectateur. En lâchant sa peur d’être ridicule, l’adulte laisse les émotions de tous s’exprimer. »

Si un parent a du mal à se lancer dans un jeu avec son enfant, il peut simplement commencer par demander à ce dernier de lui présenter les règles, les cartes, les personnages… Pour une première étape, l’attention et les questions du parent sont suffisantes. L’envie viendra par la suite ! On peut aussi créer une boîte à jouer. L’adulte écrit sur des morceaux de papier les jeux auxquels il aime jouer, puis les place dans la boîte. L’enfant pioche et en choisit un. Ainsi, l’activité est appréciée des deux et l’impulsion est donnée. Il faut oser les jeux de société avec les ados. Les parents croient que jouer ne les intéresse plus, or tous les jeunes auprès desquels Stephan Valentin intervient lui disent le contraire : « Dans un jeu, tout est possible, on peut se bagarrer, renverser les rôles. C’est hyper sain pour la vie de famille ; les tensions et la parole se relâchent. »


© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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