Cinéma et Éducation

Jacques Gamblin : la Terre, à bras-le-corps



Fin 2015, Jacques Gamblin en a enthousiasmé et surpris plus d’un avec sa déclaration d’amour faite à la Terre lors du festival de poésie Autrement le monde, à Nantes. Pourtant, au bruit médiatique, l’acteur préfère le silence et l’horizon du bord de mer. C’est dans ce cadre qu’il a expliqué patiemment à Kaizen l’attachement profond qui le relie à la planète.

 

Pouvez-vous nous raconter la naissance de ce discours – Mon climat – que vous avez prononcé à Nantes ?

Jacques Gamblin : La Maison des écrivains et de la littérature de Paris a proposé à trente et un écrivains d’écrire un discours sur le climat, j’en faisais partie. Cette commande m’a donné l’occasion de m’exprimer sur la question du climat. Il a fallu que j’évite les pièges du donneur de leçons, de la culpabilisation, de la science quand on n’est pas scientifique… Je ne suis pas certain d’y être parvenu. Ensuite, La Maison de la poésie a demandé à certains d’entre nous de venir lire leur discours au Lieu unique, à Nantes. Il y a eu une captation et ma lecture s’est retrouvée sur Internet. Il y a eu énormément de vues, ça m’a dépassé.

 

Vous n’occupez pas l’espace médiatique en dehors des périodes de promotion de vos films et de vos pièces. Vous attendiez-vous à un tel écho ?

En tant qu’acteur, mon rôle est d’apparaître pour jouer des personnages. Il me semble toujours nécessaire qu’il n’y ait pas trop de pollution visuelle de la part de celui qui les incarne pour que ces personnages soient crédibles, aussi je suis parcimonieux avec la représentation, l’apparence. Je tiens à faire croire à mes personnages. D’un seul coup, il y a eu ce discours et je suis apparu comme un citoyen. L’exposition m’a gêné, mais je me suis dit que ça devait en être ainsi, que c’était le moment, même si je ne l’avais pas tout à fait décidé. Passée la colère initiale d’avoir été exposé sans donner mon accord, je suis devenu plutôt heureux d’avoir eu autant de retours positifs. Je pense que les spectateurs ont oublié l’acteur et qu’ils ont vu simplement un homme et ce qui lui tenait à cœur.

 

D’où vous est venue la sensibilité à l’environnement qui émane de ce texte ?

L’amour que j’ai de l’écologie vient de très loin, d’une enfance relativement proche de la nature, même si je suis né dans une ville [à Granville, dans la Manche] et de parents commerçants. Mais il y avait la proximité avec la mer, la course à pied, les agriculteurs dans mon entourage familial… Je suis quelqu’un du dehors, j’aime ça, j’en ai besoin. La ville m’oppresse, comme sans doute m’ont oppressé les objets dans la boutique de mes parents. J’étais en prise directe avec la consommation, parallèlement à mon besoin de sortir de ce milieu, de me retrouver dans la nature. Au fond, je ne sais pas comment m’est venu cet amour, quelles en sont les raisons profondes. Je me sentais plus à ma place sur les plages que dans les galeries marchandes. Je me souviens de la centrale nucléaire de Flamanville, des premières manifestations. Je me souviens des élections présidentielles [en 1974] où René Dumont s’était présenté. Malgré ses maladresses, son discours avait quelque chose de vrai. Quelque part, c’était un visionnaire. Par ailleurs, dans ma famille, la notion d’économie était liée au respect de l’environnement. C’était des gestes simples, logiques, comme ceux de couper l’eau d’un robinet ou d’éteindre la lumière. Et puis, tout simplement, j’aime trop être dehors pour ne pas avoir conscience que ce dehors doit continuer à nous ravir, à nous nourrir, à nous faire rêver. C’est comme une évidence.

 

© Pascal Greboval
© Pascal Greboval

Quelle est votre conception de ce qu’on appelle globalement l’écologie aujourd’hui ?

J’ai toujours trouvé étrange que l’écologie soit représentée dans un parti politique car, pour moi, elle est partout, elle est une évidence. Elle devrait en tout cas l’être. Toutes les questions que l’on se pose et toutes les urgences où l’on se trouve déjà sont fondamentalement apolitiques. Ne pas le voir ainsi, ce serait ne regarder que le bout de ses pieds et oublier ce qui va nous succéder. Tout ne nous est que prêté : si l’on me prête un outil, une maison, j’ai le souci de les rendre plus propres que je ne les ai trouvés. C’est normal, ce

Le 28 octobre 2016
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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Rejoindre la conversation

Barey le 05/11/2016 à 19:44

Comme il est bon de lire les propos d'une Belle Personne, comme il est bon de passer ce moment trop rare, Merci Monsieur Gamblin.

Diviès le 03/11/2016 à 11:32

Fou comme cela fait du bien de lire de tels propos, merci, mais continuez.

CHANTAL PICARD le 02/11/2016 à 20:49

Depuis longtemps j'étais attirée par cet homme....aujourd'hui, je sais un peu mieux pourquoi.

Ruoma le 02/11/2016 à 13:19

Des réflexions profondes, mûrement réfléchies, pas spécialement à la mode ou dans l'air du temps et qui font du bien.
Merci M. Gamblin !
Je m'aperçois que je connaissais ce personnage, mais que sa discrétion le laissait un peu à l'écart dans mon environnement. Voilà une injustice réparée.
Je vais vite chercher et lire son discours...

Bécart Sophie le 29/10/2016 à 14:29

Félicitation pour ce discours qui met en lumière la dissociation volontaire du corps et de l'esprit. Cela influe sur son rétablissement vers l'harmonie!
Sophie