Festival Empow’Her : une égalité femmes-hommes pour changer le monde 

Par Nolwenn Weiler, le 17 septembre 2020



Les 18, 19 et 20 septembre prochain Empow’Her organise son premier festival. Depuis 2011, cette organisation soutient les femmes entrepreneures et ambitionne, avec elles, de changer le monde. Entretien avec Soazig Barthélémy, fondatrice de Empow’Her. 

 

Votre festival donnera la parole aux femmes entrepreneures que vous soutenez. Votre souhait c’est qu’elles aient « la capacité de réaliser leurs ambitions ». Il y a donc des obstacles à leurs ambitions ? 

Oui, hélas. Dans le monde de l’entreprenariat, les femmes vivent diverses discriminations. Premier problème, très prégnant en France : leur invisibilité. On ne connaît pas les femmes entrepreneures, elles ne sont pas valorisées, personne ne raconte leurs histoires, alors même qu’elles font des choses formidables. Résultat : il y a peu d’inspiration et de modèles pour se convaincre que c’est possible. C’est un frein important. Il y a aussi de vraies inégalités dans l’accès aux financements. En France, seulement un pourcentage minime des levées de fonds vont aux projets dirigés par des femmes. C’est vraiment un obstacle très important. C’est comme si les femmes démarraient la course de l’entreprenariat avec plusieurs boulets accrochés aux pieds. Il faut vraiment bousculer ce secteur qui est très masculin. 

 

Vous estimez que le changement ne peut pas venir que des femmes, et invitez les tenants du système économique, « patriarcal et exclusif », à revoir leur copie. Pourquoi ? 

Notre métier est d’accompagner les femmes entrepreneures qui, au fil des années, sont de mieux en mieux équipées. Le problème c’est quen face, la société n’évolue pas à la même vitesse !  Les difficultés financières demeurent, ainsi que ce le défaut de reconnaissance de leurs compétences et de leurs valeurs. Il faut donc agir sur le reste de l’écosystème et accélérer la transformation du côté des pouvoirs publics et des financeurs pour qu’ils mettent en place de nouvelles pratiques. Il faut revoir les codes de conduite et les grilles d’évaluation. 

 

Pouvez-vous détailler ? 

Cette habitude, par exemple, de penser que plus un projet est grand, gros, ambitieux, hors de prix, mieux il est. Cela met beaucoup de femmes de côté qui sont nombreuses à proposer une vision entrepreneuriale différente. Si les financeurs ne changent pas leurs habitudes sur ce plan, ils vont passer à côté de nombreuses idées, souvent très riches, et souvent défendues par des femmes. À titre d’exemple, nous travaillons avec une structure d’accompagnement de l’économie sociale et solidaire qui s’est rendue compte que, au fur et à mesure des sélections de projets à soutenir, les femmes étaient de moins en moins nombreuses. Or, les dirigeantsils avaient l’habitude de réaliser des entretiens de sélection en solo. Cela ne convenait pas aux femmes qui préféraient faire des choses en collectif. Changer cette habitude leur a permis d’avoir accès à davantage de candidates. 

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Si le monde de l’entreprenariat devient plus égalitaire, les hommes vont perdre du pouvoir. Pensez-vous qu’ils vont êtreseront d’accord ? 

Oui, le secteur se rée-organise, mais je ne pense pas que les femmes aient à demander l’autorisation de qui que ce soit pour opérer ces changements. Cette question sur la perte du pouvoir induit une vision de partage très binaire, alors qu’en réalité, il s’agit principalement de repenser la manière d’entreprendre ensemble. Et cette transformation ne se mesure pas à l’aune d’un pouvoir individuel. La promesse d’un secteur plus inclusif transcende largement le sujet à mon sens. Par ailleurs « les hommes » renvoie à un vaste groupe homogène, et je ne pense pas que tous les hommes soient à l’aise avec la culture dominante. Heureusement, nous rencontrons des hommes dans notre secteur qui se posent les bonnes questions, qui ont vraiment à cœur de faire évoluer leurs propres pratiques. 

 

Vous appelez néanmoins à la vigilance, et citez Simone de Beauvoir qui disait que « il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Leurs droits ne sont jamais acquis. » Pourquoi cette inquiétude ? 

Dans les périodes de crise, on a tendance à revenir à des anciens modèles. Pendant l’épidémie de Covid, d’autres urgences, souvent économiques, sont apparues comme des questions prioritaires et l’égalité femmes/hommes a été ravalée au second plan quand elle n’a pas été carrément oubliée. Au début de la crise, la plupart des personnes interrogées pour analyser la situation et esquisser des solutions, c’était des hommes, alors que ce sont quand même eux qui nous ont menés à ce désastre. Le monde dans lequel nous vivons est en effet largement façonné, décidé, imaginé par et pour les hommes.  Comment peut-on espérer résoudre les problématiques sociales et environnementales avec un ancien modèle ? C’est impossible. Il faut mettre en place un nouveau logiciel. L’égalité entre les femmes et les hommes ne doit pas être un « plus », que l’on pourrait ajouter une fois les autres « priorités » traitées. C’est une condition incontournable si l’on souhaite changer nos sociétés. 


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