Économie & Gouvernance et Forêts

Emmanuelle Grundmann : « Si on achète uniquement des produits bruts frais,
on fait chuter sa consommation
d’huile de palme de 90% »



L’huile de palme est en partie responsable de la déforestation et de la disparition d’espèces animales et végétales. Très controversée, elle est produite à l’aide d’une main-d’œuvre souvent très jeune, peu payée et non protégée. Emmanuelle Grundmann, autrice de Devenir consom’acteur, l’huile de palme (Actes Sud/Kaizen), propose des solutions accessibles à tous.

Comment vous êtes-vous intéressée à l’huile de palme ?

Pendant mes études, je travaillais sur les primates. J’ai commencé ma thèse au muséum d’histoire naturelle à Paris. Pour mes recherches, je suis partie à Bornéo, en Indonésie. Mon travail, c’était de suivre les orangs-outans en forêt, de voir de quelle manière leur réintroduction fonctionnait. Ils étaient victimes de la déforestation, en partie pour l’exploitation du bois mais essentiellement pour faire place au palmier à huile. Je devais partir la première fois en 1997, mais mon voyage avait été repoussé à cause d’immenses incendies de forêt. On les avait d’abord imputés au phénomène climatique El Niño, et par la suite, ils s’étaient révélés être intimement liés à l’expansion du palmier à huile. Je crois que 75 à 80% des foyers d’incendie avaient été localisés à l’intérieur de concessions dédiées aux palmiers.

Concrètement, pourquoi la consommation d’huile de palme pose-t-elle problème aujourd’hui ?

La demande a explosé, elle a été multipliée par plus de dix en quelques années. Elle est telle qu’on rase de plus en plus de forêts pour avoir de plus en plus de palmeraies. On consomme le palmier à huile de plein de manières différentes : 80% de la production d’huile de palme se retrouve dans l’agro-alimentaire, dans des chips en passant par les céréales, les barres chocolatées, les pizzas, le lait infantile, la glace… Il existe beaucoup de produits dont on ne soupçonne même pas qu’ils puissent contenir de l’huile de palme. Enfin, 19% de cette huile va se retrouver dans les cosmétiques et détergents, et 1% dans les bio-carburants ou agro-carburants. Le problème aujourd’hui en France et en Europe, ce sont ces agro-carburants. La raffinerie de la Mède, en Provence, va importer plus de 300 000 tonnes d’huile de palme destinée aux agro-carburants. Avec son ouverture, on ne sera pas loin des 50% importés en Europe, pour la production d’agro-carburants. L’huile de palme pour l’énergie est le problème majeur aujourd’hui, parce que des volumes de plus en plus importants seront importés.

80% de la production d’huile de palme se retrouve dans l’agro-alimentaire, dans des chips en passant par les céréales, les barres chocolatées, les pizzas, le lait infantile, la glace… Il existe beaucoup de produits dont on ne soupçonne même pas qu’ils puissent contenir de l’huile de palme. Enfin, 19% de cette huile va se retrouver dans les cosmétiques et détergents, et 1% dans les bio-carburants ou agro-carburants.

Que vous inspire cette ouverture de la bioraffinerie de la Mède ?

Le 18 juin 2018
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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Emmanuelle Grundmann : « Si on achète uniquement des produits bruts frais,
on fait chuter sa consommation
d’huile de palme de 90% »

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Alice S. le 07/06/2019 à 12:26

L'huile de palme n'est pas obligatoire, elle est en plus, cancérigène pour notre organisme ! Une bonne raison de la boycotter ! On sauvera les forêts avec ses orangs-outans, et toutes les autres espèces ;) Oui, mon pot de Nut tout gras, doit disparaitre pour sauver toutes ces pauvres victimes ! Surtout que d'autres pâtes à tartiner, sans lait et sans huile de palme existe en grandes surfaces ( Nocciolata, nettement meilleure en plus ;) . Donc l'huile de palme est facile à remplacer ! On s'en fout de l'économie, c'est la santé et l'écologie les plus importants !!!!!!!!

Alexandre J. le 29/08/2018 à 17:44

Oui j'ai eu la même réaction quand j'ai lu la dernière phrase de l'interview qui, mise à part cette conclusion assez illogique en matière d'écologie, est très intéressante.

Grgory L. le 26/06/2018 à 11:10

Attention au "pur beurre" qui signifie un maintien/développement de l’élevage bovin et donc ici aussi un besoin considérable en pâturage, ce qui intensifie la déforestation partout dans le monde.
Je doute qu'il faille orienter vers ce type de solution, mais plutôt accepter de modifier nos modes de consommation en réduisant (ou supprimant pour ceux qui le souhaitent) l'usage de matières premières impropres à la sauvegarde de nos écosystèmes déjà dévastés.