Forêts

Des jeunes lèvent des fonds pour sauver les forêts

Callie Braoddus dans le hall d'accueil de l'IFEMA, où se tient la COP 25 jusqu'au 13 décembre 2019

Gagnante du Concours mondial de vidéos pour les jeunes des Nations unies, la plateforme Youth Land Trust présentée à la COP25 à Madrid a fait sensation. Lancée par Callie Broaddus, et gérée uniquement par des jeunes, elle permet de collecter des fonds auprès des moins de 27 ans dans le monde entier. Le but ? Acheter et préserver des parcelles de forêts menacées. Une initiative inédite et inspirante. 

Leur parole est puissante, mais ils l’ignorent. C’est la certitude de Callie Broaddus, une états-unienne de 29 ans, qui a lancé en août dernier, la première plateforme de collecte de fonds entièrement tenue par des jeunes. Youth Land Trust récolte l’argent levé par des moins de 27 ans. Dans quel but ? Financer l’acquisition de terrains dans des forêts menacées à travers le monde pour les protéger. Gagnante du Concours mondial de vidéos pour les jeunes des Nations unies, elle était invitée à présenter le teaser de son projet à la COP25, jeudi 5 décembre 2020 à Madrid. Depuis, elle arpente les couloirs de la conférence pour le promouvoir.

Les moins de 30 ans représentaient 50,5 % des 7 milliards d’êtres humains qui peuplaient la planète en 2012. Le potentiel est donc énorme.

Premier défi ? Créer la première réserve naturelle au monde entièrement financée par des jeunes, dans le Chocó, sur une zone couverte de forêt tropicale dans les montagnes de la côte pacifique d’Équateur. é. Une réserve extrêmement riche en biodiversité qui emploierait des jeunes du coin. Pour acquérir les 99 premiers hectares du terrain convoité, l’objectif est de 89 000 $. Un test pour cette plateforme qui fait ses premiers pas.

La forêt telle qu’elle est à l’état naturel (Photo de Callie avec un drone)

“Imaginez que Greta Thunberg dise ‘Sortez vos smartphones et donnez tous 1 dollar’”

“Beaucoup de jeunes ont bien plus de pouvoir qu’ils ne le pensent, explique Callie Broaddus. S’ils sont passionnés par ce qu’ils font et qu’ils partagent leur histoire, ils peuvent pousser leur communauté à agir. Greta Thunberg a mobilisé des centaines de milliers de personnes dans la rue, vendredi [ NDLR : à la manifestation pour le climat du 6 décembre 2020, 15 000 personnes délaient dans les rues selon la mairie de Madrid, 500 000 selon les organisateurs]. Imaginez qu’elle dise ‘Sortez vos smartphones, et donnez tous 1 dollar !’” Assise à une petite table, un peu en retrait du brouhaha qui agite l’immense halle où les délégations des pays de la COP ont établi leur pavillon, l’Américaine parle avec un enthousiasme communicatif. La force des histoires, elle en sait quelque chose.

“En 2013, le jour de Noël, ma petite sœur, Finley, a été diagnostiquée d’un type agressif de cancer.” Le sort frappe cette adolescente de 17 ans, inquiète du sort de sa planète. “Avant sa maladie, elle récupérait les ordures à vélo le soir en rentrant, elle demandait aux gens de lui passer leurs catalogues inutiles pour les désabonner, plantait des arbres…”, se souvient sa grande sœur. Le plus frustrant pour la souffrante est d’être coincée dans un lit d’hôpital sans pouvoir agir. Finley demande alors à ses proches de lui envoyer un selfi d’eux en train de planter un arbre, puis d’inviter leurs amis à les imiter, “pour planter des arbres sur les cinq continents”, sourit Callie. Touchés, certains proposent de l’argent. La famille monte ainsi une plateforme de collecte de dons avec l’objectif d’atteindre 18 000 $ pour son anniversaire, en mars 2014.

How Dare You, la manifestation convoquée par Friday For Future Madrid, venredi soir, où s’est rendue Greta Thunberr, entre 15 000 et 500 000 pers

“Le jour de ses 18 ans, elle avait récolté 70 000 $, en quelques semaines.” À peine majeur, Finley Broaddus commence à financer des projets de reforestation, avant de s’éteindre à la fin du printemps de la même année. “C’était une enfant, elle n’avait pas d’argent. Mais son histoire a permis distribuer au total plus de 200 000 $ à des associations qui replantent des arbres”, confie la grande sœur.

D’une subvention à l’autre, Callie devient amie avec le directeur de Rainforest Trust, une ONG de dotation pour les zones protégées. Au printemps 2018, l’organisation lui propose de rejoindre son conseil consultatif. Elle a alors 28 ans. “C’est arrivé de nul part, sans que je sache pourquoi. Comment diable une jeune femme comme moi pouvait-elle faire ses preuves dans un conseil plein de scientifiques portant tous le titre de Docteur devant leur nom ?”, s’interroge-t-elle. Originaire d’une petite localité près de Washington, elle était alors journaliste pour l’édition enfants de National Geographic. Elle retourne la question sous toutes ses coutures, puis revient vers l’ONG avec l’idée de cette plateforme pour les jeunes.

 

Un million de lettres de jeunes pour exhorter les dirigeants du monde à agir

Rainforest Trust la met alors en relation avec le porteur d’un projet de réserve qui semblait fait sur-mesure. L’association Ecominga veut créer une réserve naturelle de près de 500 hectares, dans le Chocó, en Équateur. Son directeur comptait déjà n’employer que des jeunes, dont Daniel Valencia, 20 ans, enfant du Chocó et fin connaisseur des oiseaux. Ou encore Marco Montero, 26 ans, spécialiste des orchidées. “Et ils ont déjà découvert de nouvelles espèces d’orchidées sur place”, s’emballe la fondatrice de Youth Land Trust.

Début 2019, Callie contacte de jeunes activistes influents dans le monde sur les réseau sociaux pour constituer son Conseil d’administration. Comme Bella Lack, 17 ans, activiste britannique pour la protection de l’environnement, très suivie sur les réseaux sociaux, ou la Kenyane, Elizabeth Wanjiru Whathuti, activiste de 23 ans qui alerte sur les conséquences particulièrement dures de la crise climatique en Afrique. La journaliste quitte ensuite son job à National Geographic pour sauter à pieds joints dans l’aventure.

Un ancien terrain forestier déboisé par l’être humain (Photo de Callie avec un drone)

Reste une question à résoudre : Comment faire participer certains jeunes qui n’ont pas les moyens financiers de participer, sans les exclus de cette initiative ? Le “One Million Letters Challenge” est donc lancé. “On demande à ceux qui ne peuvent pas donner de l’argent d’écrire une lettre dans laquelle ils expliquent une chose qu’ils aiment de la nature, et demandent aux gouvernements du monde d’agir », explique la fondatrice de l’ONG.

Une message fort que Youth Land Trust s’engage à transformer en dons, en cherchant des organismes prêts à encourager sa diffusion qui verserait 3 $ pour chaque lettre. Car la voix des jeunes, qui, plus que les adultes d’aujourd’hui, vivront sans doute la catastrophe climatique demain. Outre Greta Thunberg, de nombreux activistes de moins de 30 ans se mettent ainsi à incarner la face du changement.

Par Alban Elkaïm


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