Eaux

Dans la vague du surf écolo

Par Charlène Dosio & Clara Jaeger, le 27 août 2020

© Brodie Vissers

Si l’été touche à sa fin, la transition écologique du surf, elle, ne fait que commencer. Tandis que le nombre de pratiquants ne cesse d’augmenter, est-il possible d’imaginer une pratique de ce sport qui soit plus éthique, durable et soucieuse de l’environnement ? Cap sur l’Ouest de la France, où quelques passionnés et artisans cherchent des solutions pour s’engager sur une vague verte. 

Pain de mousse en polystyrène, tissu de fibre de verre, résine de polyester, néoprène pétrochimique… S’il n’en a pas l’air, le surf est encore loin de glisser sur une vague verte. De leur planche à leur combinaison, les surfeurs écolos ne courent pas les rouleaux, alors même que le nombre d’adeptes augmente chaque année : « Depuis deux ou trois ans, il y a un sursaut de pratiquants, observe François-Xavier Vince du fond de son atelier, niché sur la presqu’île de Quiberon, dans le Morbihan ; tout le monde veut sa planche et les écoles de surf fleurissent. » Une situation qui, selon l’artisan-shaper [1], encourage l’industrialisation de la pratique du surf. 

Depuis 2005, ce surfeur de longue date imagine les planches de demain, plus respectueuses de l’environnement. Avec ses “Eco-Board” certifiées par l’association californienne Sustainable Surf depuis 2018, François-Xavier propose des planches en mousse recyclée, utilisant une résine bio-sourcée et locale, et préférant le lin au tissu de verre. Lancée en 2011, avec pour but d’encourager un mode de vie durable respectueux de l’océan, Sustainable Surf a depuis, mis en place divers programmes, dont l’Ecoboard Project, auquel le shaper breton s’est affilié. Mais pour François-Xavier, cela ne va pas encore assez loin : « Ce label réunit tous les fabricants qui ont une certaine éthique. Cela permet d’améliorer peu à peu la situation, mais les critères de sélection ne sont pas encore très développés. » Chez Vince Surfboard, on ne badine pas avec les éco-gestes : recyclage de certaines chutes de tissus, usage de produits sans solvants, chauffage de l’atelier à l’aide d’une pompe à chaleur… La prochaine étape ? Augmenter de moitié sa production d’éco-planches et favoriser l’usage de pains de mousse à base de polyols végétale. « Le changement passe par des petits gestes, que certains ateliers à droite à gauche commencent à mettre en place. » 

François-Xavier dans son atelier, à Quiberon, avec l'une de ses planches éco-certifiées.
François-Xavier dans son atelier, à Quiberon, avec l’une de ses planches éco-certifiées. © Clara Jaeger

Car s’ils ne sont pas nombreux, d’autres projets voient lentement le jour un peu partout en Europe. Du développement de pains de mousse 100% végétal, à la réutilisation de filets de pêche et de résidus de carbone en poudre pour les dérives [2], en passant par le prototypage de polystyrène recyclé, quelques amoureux du surf essayent de verdir leurs boards. À 155 kilomètres de Quiberon, ce sont des planches en liège que développe par exemple Robin dans son atelier finistérien, en plus de proposer une “éco-série” reconnue par l’EcoBoard Project. Cet engagement écologique, des entreprises comme Notox en ont fait leur marque de fabrique à part entière. Depuis 2009, ce projet développé à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) propose des planches de polystyrène recyclable, de liège et de lin, lui valant le double label EcoBoard Project et EcoRide, développé par EuroSIMA, une association européenne regroupant les industriels de la glisse. Mais la planche ne fait le surfeur. Ou du moins, pas entièrement. Les combinaisons, la wax, ou encore les pads – une alternative à la cire – nécessitent aussi d’être repensées à la lumière de la transition écologique. 

L’engagement dans l’atelier 

Basé à Nantes depuis trois ans, Wildsuits est le projet d’Antoine et Olivier, deux amateurs de glisse de longue date. Ils proposent des combinaisons de surf entièrement réalisée en matériaux naturels et certifiés, à base de limestone (roches calcaires), pneus en caoutchoucs usagés, plastiques recyclés, ou encore de colles sans solvant et non nocives. La rencontre de ces deux passionnés s’est faite naturellement, en 2017, près d’un spot de surf au Portugal. « Dès le départ, on a beaucoup sympathisé avec Olivier. Ensuite, on a fait des surftrip ensemble et l’aventure a débutée », se remémore Antoine. Une alchimie qui les a encouragé à se lancer dans un nouveau projet. « Comme on surfait beaucoup, nos combinaisons s’abîmaient rapidement et nos moyens financiers étaient limités. Donc, on s’est dit qu’on allait élaborer nos propres combinaisons avec une fabrique quelconque en Chine. Mais là, le cauchemar : elles puaient le pétrole, ce n’était pas possible ! », s’exclame Antoine. Réalisées en néoprène d’origine pétrochimique, un caoutchouc synthétique fabriqué à base de pétrole, leur production dégage beaucoup de CO2 et leur matière n’est pas totalement durable. 

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Soucieux de leur impact écologique, les deux associés mettent donc en place de nombreuses actions dans leur vie quotidienne : « On ne fait pas juste des combinaisons éco-responsables, la démarche écologique est aussi présente dans nos vies respectives. C’est un rapport engagé avec l’environnement que l’on a depuis pas mal de temps. » Ces valeurs ont encouragé les deux jeunes associés à se tourner vers une nouvelle fabrique, localisée à Taïwan. Celle-ci utilise de l’énergie solaire et des matériaux éco-responsables pour confectionner leurs combinaisons, d’abord prototypées dans un atelier portugais : « Avec Wildsuits, nous ne sommes pas totalement éco-friendly, reconnaît Antoine ; mais on essaye de tout mettre en oeuvre, pour avoir une démarche plus responsable et durable. » Après quatre ans d’expérimentations, cette collaboration franco-taïwannaiso-portugaise porte ses fruits, et en 2017, la première combinaison en matériaux éco-responsables voit le jour : « Notre prochain objectif est de faire en sorte que toutes nos combinaisons soient fabriquées en Europe, au Portugal notamment. » Face aux défis environnementaux, les deux jeunes associés ont tout de même un certain espoir concernant le développement d’une pratique de surf plus éthique et durable : « On essaie de faire des partenariats avec d’autres structures, pour s’entraider. À l’avenir, l’idée serait de faire un regroupement de marques éco-friendly afin d’avoir de la puissance sur les grosses entreprises polluantes. On rame, mais on y croit » 

Au-delà de la combinaison et des planches, Antoine souligne l’importance d’être un surfeur sensibilisé aux enjeux climatiques, notamment sur l’utilisation de l’avion, la pollution plastique, la wax utilisée, ou encore les accessoires. Des valeurs également partagées par l’entreprise française Nomads Surfing. Crèmes solaires, wax, gourdes, tee-shirts, planches labellisés Ecoboard, ou pad en liège ; depuis 2017, l’entreprise développe une large gamme de produits promouvant un surf plus éco-responsable. Si elles ne sont pas partenaires, les deux entreprises défendent une démarche globale, qui sensibiliseraient le surfeur à un rapport plus humain et éthique à l’environnement. « Lorsque les personnes nous ramènent leurs anciennes combinaisons, on en fait des bracelets et des coques de portable, explique Antoine ; si elles sont encore réutilisables, on travaille avec une association qui s’appelle Surfeurs solidaires et qui recycle les combinaisons en les donnant aux personnes des pays défavorisés. » De son côté, Nomads Surfing reverse 5% de son chiffre d’affaire à des associations, ainsi qu’à des actions de sensibilisation et d’éducation à la préservation des océan. 

© Charlène Dosio
© Charlène Dosio

L’engagement au creux de la vague 

« On évolue dans un milieu naturel, qui est l’Océan. »  C’est, sur la pointe de la Torche, en Bretagne, que Gaspard Larsenneur s’est initié au surf, dès l’âge de neuf ans. Aujourd’hui âgé de vingt-six ans, le Quimpérois fait parti du circuit professionnel et possède plusieurs titres prestigieux à son compteur, dont celui de champion du France Open en shortboard, remporté en 2019. Sensibilisé très jeune à l’écologie, Gaspard tente de mettre en place quelques actions positives dans sa vie de tous les jours : « Cela m’a toujours marqué de voir la pollution sur la plage, j’ai donc souvent ramassé les déchets que je voyais par terre. Encore maintenant, après une session et lorsque je remonte de la mer jusqu’à la voiture, c’est une habitude que j’ai gardé. », explique le jeune homme. Un engagement en faveur de l’environnement, qui se retrouve également dans sa vie de surfeur professionnel. Depuis 2019, Gaspard est sponsorisé par VinceSurfboards, la marque quiberonnaise de François-Xavier Vince, dont il utilise régulièrement les “Ecoboard One” : « On essaie de travailler ensemble avec François-Xavier pour trouver les planches parfaites, avance l’athlète, celles qui me permettraient d’allier à la fois performance et respect de l’environnement » De quinze planches par an, le champion est passé à cinq : « Cela me fait vraiment plaisir de surfer les planches d’un shaper de ma région, encore plus avec un label ecobard. », indique fièrement le surfeur. 

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Pour Gaspard, il n’y a aucun doute : la démocratisation du surf observée ces dernières années fait évoluer la dimension écologique de son sport dans le bon sens :  « Que ce soit les surfeurs de mon âge ou les plus jeunes, ils sont tous très soucieux de l’environnement. Aujourd’hui, c’est devenu naturel et les gens ne se posent plus la question de faire ou non un petit geste pour l’écologie. » Un enthousiasme partagé par Eric Lafargue, président de l’association Eco-Safe Surfing. Créée en 2017 par et pour les écoles de surf et leurs élèves, cette association sensibilise à la fois à une pratique plus raisonnée et sécurisée, tout en faisant valoir la voix des professionnels de la glisse : « De par notre profession, on a une certaine expertise sur la sécurité et le milieu naturel dans lequel on évolue, avance Eric, on est aussi témoins des variations environnementales, de l’érosion, mais on était jamais consultés. » Pour pallier ce manque, Eric créé une charte de qualité en même temps que son association, permettant à celle-ci de créer du lien avec les collectivités territoriales. Le but ? Montrer que le surfeur peut être force de proposition concernant les problématiques environnementales et sociales : « Notre charte repose sur une adhésion à des valeurs de solidarité entre des écoles de toutes tailles, de travail collectif pour améliorer nos pratiques, de partage d’adresses de fournisseurs plus respectueux, explique Eric, notre association est davantage dans une dynamique de communication et de réseautage. »

Privilégier la qualité des cours à leur quantité, inviter les élèves à respecter l’environnement dans lequel ils pratiquent, les sensibiliser au rythme de la nature et à un matériel davantage éco-responsable ; autant de directions qui, selon Eric feront prendre au surf une vague plus écologique : « Le surf a son rôle à jouer dans la pollution marine, avance François-Xavier, le shaper quiberonnais, les gens devraient y être sensibilisés, mais c’est une réalité qui concerne tous les sports nautiques. »

 


 

[1] Un shaper est un artisan qui fabrique les planches de surf. 

[2] Situés sous la planche de surf, ces petits ailerons assurent la stabilité directionnelle de celle-ci. 

 

 

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