Mouvements citoyens

Convention citoyenne pour le climat : « La modification de la Constitution en faveur de la transition est essentielle »



Depuis le 4 octobre 2019, 150 citoyens tirés au sort participent à la Convention citoyenne pour le climat. Le temps de six weekends, jusqu’en mars 2020, ces citoyens représentatifs de la population française travaillent à l’élaboration de propositions pour diminuer d’ici 2030 d’au moins 40 % les émission de gaz à effet de serre. À 22 ans, Alexia Fundéré, étudiante en médecine à Montpellier, témoigne de cette expérience inédite. Voici le 3è volet de son témoignage. 

 

Vous avez reçu la visite du Président Emmanuel Macron en janvier dernier. Quel était l’objectif de cette visite et quelles impressions vous a-t-elle laissé ?

Le Président est en effet venu au CESE pour nous rencontrer le temps d’une soirée afin de répondre à nos interrogations et ôter les doutes éventuels à ce stade de la Convention. La question la plus importante pour tous était la prise en compte et l’éventuelle mise en place de nos travaux. Emmanuel Macron a assuré que nos propositions seraient transmises au Gouvernement, que ce soit par voie de référendum ou par propositions de lois. Personnellement, j’ai posé la question suivante au Président : « Comment expliquer que même si je viens d’une oasis hébergeant l’une des forêts les plus protégées en France, avec de belles plages et de multiples richesses naturelles, la Guadeloupe, il y ait sur ce territoire une agriculture très soumise aux pesticides, des transports trop polluants, des risques sanitaires, des déchets non trié, etc. Que pouvez-vous dire à une jeune guadeloupéenne, étudiante en biologie, qui souhaiterait s’engager pour l’écologie et le développement durable sur son île natale ? » Malheureusement, je n’ai eu qu’une réponse de déresponsabilisation sur ce qui se passe en Guadeloupe… Pour autant, ce que j’ai retenu c’est le fait de m’investir et vouloir un vrai changement pour mon île.

C’est à dire ? qu’est ce que cette expérience vous apporte ?

Cette expérience est incroyable ! C’est en souriant que je repense au premier appel qui m’annonçait que j’avais été tiré au sort. Aujourd’hui j’ai tellement eu accès à des connaissances scientifiques et environnementales, enrichis d’une expérience humaine inoubliable, que je me dis que je ne peux passer outre après cette convention. Je veux désormais m’investir à l’échelle de la Guadeloupe, suite aux nombreuses rencontres, visites de lieux naturels et accès aux recherches que j’ai pu vivre. Prendre une place dans la préservation de ce territoire si riche est pour moi une priorité. J’aimerai être entendu par les jeunes guadeloupéens et leur dire qu’ensemble on peut faire des choses exceptionnelles !

Vous êtes 150 citoyens à être mobilisés depuis des mois ? Comment les relations ont-elles évoluée entre vous ? 

Au début de cette convention, il y avait 150 inconnus venus de toute la France, de tout âge et de tout milieu. Mais aujourd’hui nous sommes devenus un groupe, des membres d’une « famille » unie pour une cause, des amitiés se sont crées, des liens intergénérationnels se sont noués aussi, qui je l’espère se pérenniseront. Il arrive même qu’on ne réfléchisse plus pour soi, mais pour 150 citoyens et désormais pour toute la France.

A ce stade, nous n’avez pas encore diffusé d’information sur le contenu de vos propositions. Mais vous avez débattu sur d’éventuels changements sur la Constitution…

La modification de la Constitution en faveur de la transition est en effet une décision qui importe à beaucoup d’entre nous. Nous avons évoqué le souhait de mettre en première place la question du climat dans toutes les décisions politiques, car cela nous semble essentiel.

Parmi les cinq grands groupes de travail, vous participez à celui qui porte sur la nourriture. Quels sont les derniers intervenants que vous avez rencontrés ?

Nous avons rencontrés dans un premier temps Isabelle MAINCION, maire et membre de AMF (association des maires de France) et Nicolas BAILLEUX, directeur service opération chez SODEXO, pour les questions de restauration scolaire. Ils ont répondu à nos questions notamment sur la loi Egalim, les circuits courts et la gestion du gaspillage. J’ai particulièrement apprécié le désir de changement de Mme Maincion, déjà très engagée. Dans un deuxième temps, nous nous sommes entretenus avec Hervé LAPIE co-président de la Commission environnementale à la FNSEA ainsi qu’Eric ADAM, responsable des affaires publiques du groupe Carrefour. Ces interventions ont encore montré la grande importance accordée au commerce international et à la recherche du meilleur profit. Ce qui est bien dommage !

Vous faites également partie d’un petit groupe de travail, spécialement créé pour l’Outre-mer…

En effet, la Guadeloupe et les autres régions d’Outre-mer sont aussi concernées par les propositions que nous faisons. Nous tenons compte des spécificités géographiques et démographiques de ces territoires. Nous nous rencontrons afin de souligner ces spécificités et pour ajouter des alinéas « Outre-mer » sur les propositions que nous soumettrons à la fin de la convention.

Propos recueillis par Sabah Rahmani


Lire aussi son premier témoignage : « Nous avons une grande envie de faire bouger les choses »

Lire aussi son deuxième témoignage : Convention citoyenne pour le climat :  » Nos propositions doivent avoir un impact sur toute la France ».

 

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Jean Michel V. le 09/07/2020 à 20:26

La démocratie promettait plus d'efficacité et plus de participation. En réalité nous avons plus d'impôts pour combler l'inefficacité criante de l'Etat et nous avons une "convention citoyenne" pour dévier les actions vers les débats.
Il est désormais évident que les ploutocrates qui polluent et pillent n'abandonneront pas leur pouvoir et leur impunité de bonne grâce. C'est une lutte dans laquelle les citoyens sont et seront manipulés tant qu'une unité et convergence des luttes ne renforcera pas l'influence si ce n'est le pouvoir de l'urgence climatique. Trier et économiser sont louables, mais parfaitement insuffisants au regard des paradigmes entretenus par les ploutocrates et qui mènent à la perpétuation d'un système politico-economique égoïste et destructeur de la nature et de la vie qu'elle contient.
La convention citoyenne est une bonne chose et elle ira rejoindre les 482 rapports qui ont déjà été sollicités pour examiner et proposer des pistes à l'urgence climatique. Ce ne sont pas les idées qui manquent (bien au contraire) , mais c'est l'action qui fait défaut. Désormais nous savons que tout changement devra être violent car il doit briser 60 ans (deux générations) d'habitudes, d'insouciance, de propagande et de fausses vérités, sans parler de l'éducation qui participe à la normalisation par le bas tout en favorisant les élites.
La pièce de Théâtre "Allons Enfants..." dont le texte a été publié aux Editions Spinelle (www.allonsenfants.org) esquisse une des mille voies possibles pour réussir le changement nécessaire. Car toujours, nous ne sommes pas ce que nous disons, mais ce que nous faisons