Bien-être et Nature

Comment dépasser l'éco-anxiété ?

Comment dépasser l'éco-anxiété ?

Marches pour le climat, actions de désobéissance civile, procès de l’inaction climatique… Les sursauts démocratiques pour un réveil écologique se succèdent, preuves d’une prise de conscience grandissante. Mais celle-ci va de pair avec la « solastalgie », ces craintes et angoisses face au dérèglement climatique. Pour décrypter ce symptôme, interview croisée entre Barbara Bonnefoy, maîtresse de conférences au Laboratoire Parisien de Psychologie Sociale à l’Université Paris Nanterre et Charline Schmerber, psychothérapeute.

Que pensez-vous des termes « éco-anxiété », « solastalgie » ?

Barbara Bonnefoy (BB) : La psychologie sociale n’a pas encore théorisé l’éco-anxiété. Cela dit, on constate que le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement ne sont pas des questions neutres sur le plan émotionnel. Je ne crois pas que l’anxiété soit l’émotion majoritaire, ni la colère ou l’impuissance, sinon nous serions des millions dans les rues ! Le problème, c’est que l’anxiété est paralysante, elle ne nous encourage pas à être créatifs.

Charline Schmerber (CS) : Pour moi, le terme « éco-anxiété » nous fige dans quelque chose d’assez anxiogène, dont on ne connaît pas la cause. Je vois beaucoup plus de nuances dans la solastalgie. Ce terme désigne un ensemble de ressentis : une forme de détresse psychique qui va au-delà de l’anxiété et de l’angoisse. La solastalgie suit un peu toutes les émotions que l’on retrouve sur la courbe du deuil. Tristesse, peine, colère, peur… On peut avoir peur de l’effondrement, de ressentir le réchauffement climatique, mais aussi de perdre ce à quoi on est habitué.e.s, notre confort de vie, nos certitudes… La solastalgie nous met face à une grande question existentielle, celle de notre propre mort. L’accélération du dérèglement climatique vient raviver cette vérité insupportable.

Dans notre société borderline, nous évoluons avec cette croyance qu’il n’y a pas de limites, que l’on peut tout faire, qu’il n’y a plus de mort. Or, la question de notre environnement qui se dégrade vient ébranler ces certitudes, elle pose une limite. Notre action humaine a bien un impact sur l’environnement. Le danger, c’est lorsque ces états deviennent trop extrêmes et que cela nous fige, nous enferme dans l’inaction et l’isolement.

Depuis cet été, nous avons l’impression d’entendre parler de plus en plus d’éco-anxiété. Comment l’expliquer ?

BB : À un moment, nous parlions d’éco-fatigue : ces personnes qui se sentaient découragées d’agir et arrêtaient de le faire. On s’imagine que tout va changer d’un coup. Mais on se rend compte que le changement est très long et les résistances très fortes. C’est un problème complexe. Nous sommes dans cette période où la mondialisation est finie, le monde est global. Au XXe siècle, nous percevions les problèmes avec une dimension temporelle et spatiale plus restreinte. Or le problème est plus global aujourd’hui, plus insaisissable. Ces changements d’échelle sont réels, et notre manière de les appréhender nous demande de réfléchir autrement. Et nous n’en sommes peut-être pas tout de suite capables.

CS : Cela s’est surtout accentué avec les vagues de canicule de l’été dernier. Ce qui était lointain dans l’imaginaire, ce que l’on remettait à plus tard, commence à être vécu. Le changement climatique devient un vrai sujet parce que cela passe par le corps, nous le ressentons vraiment. Je pense que la solastalgie va devenir un problème de santé publique qu’il va falloir traiter collectivement.

Comment sortir de cette détresse psychique qu’est l’éco-anxiété ?

CS : Cela passe par le fait de pouvoir accueillir les différentes émotions. Il est important de pouvoir poser sa peine, aller au fond de ce ressenti d’impuissance pour retrouver du sens. Il n’y a pas de parcours-type. La solastalgie peut faire écho à des traumatismes individuels, propres à chacun.e. L’idée n’est pas de nier le problème environnemental, mais de retrouver l’action. C’est le sentiment d’impuissance sur sa vie personnelle qui fait peur. Quand on sait que cela va changer, cela permet d’agir ! Il faut être lucide, dire les choses. Plus on se prépare tôt à l’effondrement, même si le processus sera long et progressif, plus on pourra réfléchir à ce qui va changer.

Marche du siècle pour le climat, le 16 mars 2019 à Paris / ©Maëlys Vésir
Marche du

Le 16 septembre 2019
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

Soutenir Kaizen Magazine, c'est s'engager dans un monde de solutions.

Notre média indépendant a besoin du soutien de ses lectrices et lecteurs.

Faites un don et supportez la presse indépendante !

JE FAIS UN DON

Comment dépasser l'éco-anxiété ?

Close

Rejoindre la conversation

Romain W. le 01/02/2020 à 12:59

Entièrement d’accord je le pense depuis longtemps : notre plus grand pouvoir réside dans l’utilisation de nos moyens financiers, tellement convoités par ceux et celles qui font circuler les capitaux pour s’enrichir (le fameux retour sur investissement) !

Delfine H. le 21/09/2019 à 10:36

Pour aujourd'hui, Samedi 21 septembre 2019, journée de rassemblement planetaire:
Les forets tropicales de trois continents sont en feu..par qui? et Pour qui? La prise de conscience est plus qu'urgente et mon optimisme me fera toujours dire qu'il n'est jamais trop tard. Se regrouper nous rend non seulement plus fort mais aussi nous réconforte du sentiment si courant de solitude face à un désordre qui nous semble nous échapper. Mais que faisons nous concrètement? Aller manifester et rentrer en suite chez soi pour manger des produits industriels gavé d'huile de palme devant nos écrans plats fabriqués par des enfants et constitués de matériaux inhumainement produits..Jusqu'à quand? Quand allons nous nous alignés à une cohérence plus que jamais nécessaire. Est ce que se besoin de se rassembler ne nous dédouane pas d'une certaine manière d'une responsabilité individuelle? Notre pouvoir le plus urgent et le plus difficile à utiliser est à mes yeux celui de notre consommation. Tout le fonctionnement de ce monde est basé sur notre consommation. Alors oui, tout est en notre pouvoir, aussi petit que nous sommes et alors , oui, nous pourrons nous rassembler et nous réjouir. Solution locale pour désordre global me semble plus que jamais vital. De tout coeur avec chacun d'entre nous.