Astronomie et Nature

Astronomie et écologie : pourquoi préserver le ciel aide aussi à protéger la biodiversité ?

Par Marius Gouttebelle, le 16 septembre 2021



L’astronomie est la science qui étudie l’espace et l’univers au-delà de la terre. Comprendre la place de notre planète dans l’univers, son origine et celle de notre existence, nous sensibilise sur sa singularité et sur l’importance de préserver cet environnement et sa biodiversité 

 

Quelle importance a l’astronomie dans le monde aujourd’hui ?

L’astronomie est l’une des plus vieilles disciplines scientifiques qui soit. L’humanité a grandi sous un ciel étoilé et a continuellement été confrontée à des phénomènes astronomiques, comme les phases de la Lune ou les éclipses, qu’il a fallu comprendre. Dès l’antiquité, l’astronomie nous fait réfléchir sur notre position dans l’espace et le temps. Elle stimule les premières mesures de la taille de notre univers, en estimant la distance de la Lune et du Soleil, et même de la taille de la Terre. Le cycle lunaire est à l’origine des premiers calendriers et le mouvement diurne des étoiles nous a appris à mesurer le temps ou à prédire les heures du levé et couché du Soleil. L’astronomie nous a appris à avoir prise sur notre environnement, tout en stimulant l’essor des mathématiques et de la philosophie. Dès ses origines, elle est ainsi très proche de l’écologie en nous offrant une idée concrète de notre environnement.

L’astronomie est devenue une discipline scientifique. Cela a pris du temps car il a fallu développer des outils complexes, comme la lunette dont la première utilisation par Galilée ne date que de 1610, puis le télescope. Ce n’est qu’en 1838 que la mesure de la distance d’une étoile autre que le Soleil est enfin possible. L’astronomie a développé des outils fulgurants permettant d’observer l’univers dans des couleurs invisibles à nos yeux, comme les ultra-violets ou les infra-rouges. Chacune de ces avancées a remis en cause notre place dans l’univers, en découvrant qu’il existait d’autres galaxies, en 1924, d’autres systèmes planétaires, en 1995, des objets inattendus comme les trous noirs récemment en 2015. Nous sommes aujourd’hui baignés des images d’autres mondes et de la Terre fournies par les satellites et les grands télescopes. Pendant presque 20 siècles l’Homme a pensé être au centre de l’univers, que tout tournait autour de lui et qu’il était au sommet de la hiérarchie cosmique, et donc l’aboutissement de la création. L’astronomie nous a forcé à décentrer notre vision du monde. Nous sommes dans un système planétaire parmi d’autres, dans une galaxie parmi d’autre.

Cette prise de conscience, historiquement assez violente, a changé notre relation à l’espace, au temps mais aussi au vivant, avec de nombreuses implications sur notre relation à la nature. Henri Poincaré résume parfaitement cela : « Vous figurez vous combien l’humanité serait diminuée si sous un ciel constamment couvert de nuages elle avait éternellement ignoré les astres. Croyez-vous que dans un monde pareil nous serions ce que nous sommes ? »

Quels liens entretient l’astronomie avec la biodiversité ?

Le premier lien, plutôt abstrait, concerne notre place dans l’univers. C’est un aspect qui, selon moi, est très important pour pouvoir s’ouvrir à l’écologie. On comprend aujourd’hui la singularité de notre étoile, le Soleil, et de notre planète ainsi que sa fragilité. Si vous n’observez qu’une seule étoile impossible de savoir si elle est banale ou exceptionnelle. Aujourd’hui, on connaît la diversité et l’histoire des étoiles. On sait qu’elles évoluent et que dans cinq milliards d’années le Soleil sera très différent de ce qu’il est aujourd’hui. La cosmologie nous a appris que dans ses premiers instants l’univers était trop chaud pour pouvoir héberger la vie car la matière qui nous compose, comme le carbone ou l’oxygène, n’existait pas. C’est d’ailleurs les étoiles qui ont synthétisé ces atomes. On sait que les étoiles meurent et que dans quelques centaines de milliards d’années il n’y aura probablement plus de systèmes planétaires capables d’héberger la vie. La vie dans l’univers n’est possible que pendant un petit îlot de temps.

On a aujourd’hui détecté quelques milliers d’exoplanètes. Notre planète est insignifiante à l’échelle de l’univers mais elle est aussi exceptionnelle et fragile. La Terre est le seul endroit que nous connaissions aujourd’hui dans l’univers hébergeant la vie. Se convaincre du fait qu’il n’y a pas de planète équivalente à la Terre accessible dans les siècles à venir (et peut-être plus) c’est admettre que nous devons la préserver et que les problèmes écologiques actuelles sont à résoudre ici par nous et qu’il ne faut pas espérer recevoir de l’aide de l’extérieur ou trouver un autre habitât. Si on arrivait juste à ce que cette prise de conscience soit partagée par tous, on pourrait alors espérer arriver à faire beaucoup de choses et en premier lieu à collaborer pour résoudre ses problèmes. Il faut comprendre que chaque acte en faveur de la préservation ou non de la vie impacte l’histoire cosmique au sens large. Nous avons la responsabilité de préserver un phénomène unique à notre connaissance, à savoir la vie et sa diversité.

Il y a ensuite des aspects plus concrets. L’astronomie s’est aussi développée grâce au spatial. Grâce aux satellites nous observons la Terre et avons des mesures beaucoup plus précises de son état. On sait monitorer son évolution. On est capable de mesurer l’évolution de la nature et de l’occupation des sols, des océans, du champ de gravité terrestre, de la composition atmosphérique, où de l’efficacité avec laquelle la Terre réfléchit la lumière solaire par exemple. Ces mesures sont importantes car elles interviennent dans les modèles climatiques développés par nos confrères en climatologie qui prédisent ainsi les différents scénarios d’évolutions de notre planète. Ces outils sont au cœur du débat environnemental et l’astronomie y apporte sa petite pierre.

Après, je crois que l’astronomie a joué un rôle important dans l’acceptation de l’origine anthropique du réchauffement climatique, ce qui n’a pas été une chose facile. On a compris que pendant des millions d’années les variations de la température de la Terre étaient d’origine astronomique, comme des variations de l’excentricité ou de l’obliquité de la Terre, et étaient ensuite amplifiées par des variations du taux de CO2. Aujourd’hui, on sait que ce n’est plus le cas car autant le Soleil que l’orbite terrestre sont stables depuis des centaines d’années si bien qu’elles ne peuvent pas être la cause du réchauffement. Cela apporte ainsi des arguments supplémentaires à l’origine anthropiques.

La détérioration de l’environnement ont-ils des effets néfastes sur l’astronomie ?

L’astronomie aime avoir le ciel le plus noir possible. Les lumières artificielles affectent autant l’humain, la flore, la faune, que nos capacités à observer le ciel. Les lumières des villes nous empêchent de voir les étoiles ou la Voie Lactée. L’astronomie a fait prendre conscience de l’importance de la nuit noir. Les astronomes vivent beaucoup la nuit et souvent amateur de la biodiversité nocturne à laquelle ils sont particulièrement sensibles. Dès que vous détruisez la nuit noire vous impactez les écosystèmes nocturnes. Cela met en danger les espèces nocturnes, ce qui va cascader sur les espèces diurnes car il y a tout un réseau d’interactions entre espèces. Ne pas protéger une nuit noire a ainsi des effets délétères sur la biodiversité. L’astronomie est au final un moyen détourné de sensibiliser et lutter pour la préservation de ce milieu nocturne et indirectement de la biodiversité. C’est une caractéristique de l’environnement moins médiatique que la pollution des eaux et des sols, qui est un peu plus concrète. Souvent nous ne nous rendons pas compte que de ne pas avoir une nuit noire de qualité affecte notre environnement, la biodiversité et donc l’écologie en général, sans compter la consommation inutile d’énergie que cela représente.

Plus récemment l’astronomie est entrée en résistance contre une exploitation de l’espace dont on ne parle pas encore assez :  des clusters de satellites en particulier en vue du développement de la 5G commencent à envahir le ciel. Cela dégrade énormément les observations astronomiques et pose la question de l’impact de ces satellites. A-t-on vraiment besoin de cette technologie, quel est le bilan impact/apport ? Et, de façon plus générale, à qui appartient notre ciel ? Peut-on l’abandonner à des entreprises privées ? Ces projets, comme par exemple les constellations de satellites Starlink, développés entre autres par Elon Musk impactent notre environnement directement ou indirectement sans que leur impact ait été étudié. Bien sûr, de tels constellations, comme celle du réseau GPS, ont un rôle important dans notre société, mais la décision de s’approprier le ciel et de le dégrader à ce niveau n’a pas été validée au niveau international.

Nos télescopes fournissent des images en lumière visible mais aussi dans d’autres bandes spectrales et en particulier des ondes radio, c’est ce que l’on appelle la radioastronomie. Les émissions liées aux télécommunications créent une pollution en ondes radio, qui affecte les radiotélescopes. Là aussi se pose la question de savoir si l’on a envie de vivre dans ce bain d’ondes radios au détriment de notre capacité à observer le ciel, ainsi que des effets de ces ondes sur l’environnement. Aujourd’hui les radiotélescopes sont construits loin des zones urbaines, au milieu de l’Australie ou en Afrique du Sud dans des déserts, coupés de toute densité de population et de l’activité humaine.

Le ciel fait partie intégrante de la nature au même titre que les écosystèmes. Préserver notre ciel est bénéfique pour l’astronomie et indirectement aide à protéger les écosystèmes et la biodiversité. L’astronomie nous révèle notre place dans l’espace et dans le tissu du vivant. Le ciel a été et sera toujours un miroir de l’humanité.


Pour aller plus loin : Jean-Philippe Uzan et Etienne Pommeret proposent un voyage dans l’histoire de notre relation au ciel dans leur spectacle 5.Tera-Nuits+1 qui sera joué au planétarium de la Cité des Sciences les 20/11 et 12/12 2021 puis les 13/02 et 17/04 2022.


© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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