Peuples

Amazonie : «Si les richesses de nos forêts viennent à disparaître, il n’y en aura plus pour vous non plus !»

Cacique Tanoné © Maëlys Vésir

Dans le Nordeste du Brésil, Ivanice Pires Tanoné est cheffe de la tribu des Kariri-Xocό. Peuple racine, lié physiquement et spirituellement à la forêt, leur vie est directement menacée par la déforestation. La cacique alerte aujourd’hui sur les dégâts causés par les industries et le pouvoir politique et appelle à une reconnexion avec la nature.

 

Vous séjournez en Europe pour la première fois, comment vous sentez-vous ici ?

Tout est joli, j’apprécie que l’on puisse marcher tranquillement dans les rues, ce qui n’est pas toujours le cas au Brésil. En revanche, je ne pourrais jamais m’habituer à votre rythme de vie… Vous courez tout le temps ! Vous travaillez tellement que vous n’avez pas le temps de dormir ! Dans notre tribu, nous sommes libres et nous n’avons pas une telle obligation de travailler. Nous ne consacrons un tel temps qu’aux rituels sacrés, destinés au Grand Esprit.

Qui est ce Grand Esprit ? Est-ce la même divinité que vénèrent les religions monothéistes occidentales ?

Le Grand Esprit a créé la terre, la mer, les fleuves, le ciel : tout ! Nous croyons en son pouvoir créateur. Chacun en a sa vision selon les chemins qu’il emprunte, les rites qu’il pratique. Vous, non-autochtones, possédez également une culture spirituelle, mais elle n’est pas directement liée à la nature.

Notre lien spirituel à la Mère Nature est un lien de protection. Nous l’observons et l’écoutons. De cette manière, nous savons comment la préserver. Cela fait des membres de notre tribu des gardiens de la Terre Mère. Nous avons un profond respect pour elle, nous la saluons en lui parlant dans notre propre langue. À leur arrivée au Brésil, les Portugais ont voulu nous interdire de la parler, mais nous avons réussi à la conserver. Car c’est par nos chants et cette même langue que nous pratiquons, que nous nous sommes différenciés.

Aujourd’hui comment se porte votre terre ?

L’état de la nature m’inquiète beaucoup, en particulier le fleuve Sãn Francisco. Il était si étendu auparavant que nous ne pouvions pas percevoir l’autre rive. Le fleuve était immense et rempli de quantité de poissons ! Depuis dix ans, il s’assèche. L’eau disparaît et les poissons avec.

Nos terres ont aussi été envahies par de grands propriétaires, pour l’élevage de bœufs. Actuellement, il ne nous reste plus qu’un seul hectare de terres pour cultiver notre manioc, nos patates douces, notre maïs… Notre peuple bénéficiait auparavant de plus de deux mille hectares !

Nous nous retrouvons désormais démunis avec peu de terre, sans eau, sans ressources pour manger. Je me demande ce qu’il adviendra de nous d’ici trois ans…

©Maëlys Vésir

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, cette destruction a-t-elle été accélérée ?

Bolsonaro est un homme sans cœur ni conscience. Il n’a aucun respect pour notre peuple. Ce président a changé le statut de la Funai (Fondation nationale de l’Indien) en accordant le rôle principal de au ministère de l’Agriculture. Que veut-il faire de nous ? Nous ne sommes à ses yeux que des pions pour la terre sur laquelle il veut étendre la . C’est pourtant ce qui cause la

Le 8 août 2019
© Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales

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